Bruges, La Venise du Nord Historique à taille humaine, gorgée de tableaux flamands, la ville de Bruges est à la fois romantique et moderne, austère et joyeuse. Drôle de mélange dans les béguinages, à découvrir le temps d’un week-end.
L’envie nous est venue en dégustant une bière le jeudi au Brébant, Boulevard Poissonnière : « La meilleure que j’ai jamais bue, c’est à Bruges », nous explique François, « J’avais 18 ans, c’était au soleil sur la place principale de la ville, il n’y en a pas de meilleure ». Le ton est péremptoire, nous nous demandions justement quoi faire ce week-end. Une petite visite sur mappy.fr nous précise qu’il n’y a que 3 heures de route. Nous demandons nos vendredi après-midi à un patron un peu éberlué mais sympa (et pas débordé) et hop, en route pour la Belgique. Bruges, donc. Le vendredi après midi, la Clio fonce autant qu’elle le peut sur l’autoroute A1 (pas de danger d’excès de vitesse) et nous voilà en Belgique avec passage de la frontière près de Villeneuve-d’Asq. L’autoroute change de nom (A27/E42) mais la campagne est la même, plate et jaunie sous le soleil. Effectivement, 3h15 porte-à-porte, nous voici comme trois clampins à Bruges où un grand parking, à la porte de la ville, nous permet de déposer la voiture. La mère de François nous l’a bien précisé : « La ville se traverse de part en part en une demi-heure. Elle se découvre à pied, à cheval, en vélo ou en bateau, mais surtout pas en auto ! Avec les sens interdits, les ruelles et les pavés, c’est infernal, garez-vous d’emblée ». C’est chose faite et nous déambulons vers 19 h dans une ville historique avec des maisons en briques, pignons à créneaux, vers le Markt, la place principale. Arrêt dans une petite librairie, pour acheter un guide de la ville, et nous voici parés pour notre première dégustation au Café français.
A la recherche de l’hôtel perdu
François n’a pas menti : elle est ambrée, avec une vraie saveur de malt, ses bulles légères pétillent mais pas trop dans la bouche et nous apprenons enfin son nom, c’est la Brugse Tripel. Elle se sert dans un verre très haut qui épouse la forme de la main. Le garçon nous précise qu’elle est brassée à quelques pas et il faudra s’y rendre, mais ses 9 degrés tapent un peu et il est urgent de trouver un hôtel, que nous n’avons pas encore. Avec notre laisser-aller habituel, nous sommes partis nez au vent, et la première porte se referme « Complet ». En plein mois d’août, ce n’est pas très étonnant. Les Anglais sont légion et les touristes belges aussi, manifestement nous ne sommes pas les seuls à avoir choisi la destination. Deux fois, trois fois, nous sommes jetés (aimablement, mais…fermement), avant finalement de dénicher une petite enseigne dans une rue adjacente qui, hourra ! possède encore une chambre, et triple s’il vous plaît. Alexis se rengorge, il était sûr de son flair. En tous cas nous avons une auberge pour deux nuits et elle est bien sympa. Trois lits d’une personne, on n’aura même pas à se mélanger les pieds : les Belges sont comme les Britanniques, ils ont l’habitude de familles nomades et les Français feraient bien d’en prendre de la graine ! C’est 100 € la chambre triple, il en existe des doubles à 64 ou des « family suite » (pour 5) à 120 €. Une salle de bain avec baignoire simple mais propre, deux hautes fenêtres qui donnent sur la petite rue. François apprécie le moelleux de la couette. C’est parfait, allons fêter çà avec une petite bière….
Une ville à découvrir
Samedi matin, même pas mal : nous avons peut-être un peu abusé de la Brugse Tripel mais elle n’a pas laissé de traces et nous sommes frais et dispos pour attaquer la journée. Notre hôtesse, Heidi, nous invite à passer dans une petite salle à manger étroite dotée d’une imposante cheminée de briques, et nous nous sentons comme à la maison pour attaquer les tartines de pain beurrées qu’elle renouvelle sans que nous ayons à lever le petit doigt. Nous commençons la journée par la découverte de la ville, direction le Markt. C’est un peu le Forum de la ville, là où convergent tous les pas. Cent mètres au carré, entouré du majestueux Palais du Gouvernement et du Beffroi. Bien pratique, ce monument : sa tour est visible de tous côtés dans la ville, et elle permet de se situer en permanence. Alexis suggère d’y grimper et nous achetons un ticket Bruggemuseum+Beffroi qui donne droit non seulement à la grimpette mais aussi à l’entrée dans les 6 principaux musées de la Ville (5 € chacun). Nous attaquons les 366 marches. La partie inférieure du Beffroi date du 13ème siècle. Le deuxième étage, un peu plus étroit, du 14ème et la partie supérieure, octogonale, a été construite au 15ème siècle pour héberger un carillon. François commence à regretter un peu ses bières mais à la 220ème marche, nous apercevons la magnifique cloche Victoire (5200 kg !) puis le passage devant la salle des machines, un peu avant le sommet, attise sa curiosité. Le carillon de Bruges compte 47 cloches en bronze, et il sonne tous les quarts d’heure un air différent. Pourvu qu’il s’abstienne, nous serions aux premières loges ! Après avoir admiré les toits d’ardoise, la vue sur la vieille ville et ses canaux, nous dégringolons au rez-de-chaussée plus vite que nous ne sommes montés. Au pied du Beffroi, nous retrouvons une reproduction en bronze de l’édifice, conçu pour les aveugles, avec un texte en braille et en 4 langues sur les côtés. Alexis, muni de son guide, attire notre attention sur la plus vieille maison de la Place, à gauche en sortant du Beffroi, l’imposante façade en briques de la Maison Bouchoute, construite au 15ème siècle. Mais à vrai dire, toutes les façades semblent historiques et les cafés de la Place, avec leurs terrasses au soleil, nous attirent irrésistiblement. Une petite bière ?
A pied, mais plutôt à cheval
Le temps passé sur la terrasse nous a donné envie de sacrifier à la tradition et nous choisissons un fiacre, fièrement attelé d’un cheval bai. Pas question de négocier la visite dans les rues pavées, c’est un itinéraire fixé à l’avance, 30 € les 35 minutes quel que soit le nombre de passagers (5 au maximum). Le jarret tendu, le cheval nous brinqueballe allègrement pendant que le cocher commente la visite (il parle français avec un accent flamand terrible, François en a des hoquets !). Il nous explique que la ville a été fondée au 9ème siècle par les Vikings, là où le bras de mer (le Zwin) leur a permis de s’enfoncer au plus loin à l’intérieur des terres pour s’adonner au pillage. Bruges, c’est tout simplement l’adaptation de Bryghia, le « débarcadère » pour les Vikings. Le premier Comte de Flandre a ensuite construit une citadelle et la ville s’est développée à l’intérieur des remparts qui la ceinturent toujours. Quelques tours de roues et nous voici au béguinage, une partie de la Cité historique dont les façades blanches tranchent sur le rouge des briques. Au départ, il s’agissait d’un centre religieux fondé au 13ème siècle mais les femmes qui l’ont développé n’ont pas toutes prononcé leurs vœux et beaucoup travaillaient à laver la laine dans les canaux ou le linge de l’Hôpital Saint-Jean, tout proche. Il y a de multiples légendes sur des jeunes filles enfermées mais aussi de jeunes femmes accueillantes qui avaient trouvé là une façon d’échapper à la tutelle paternelle. Alexis, incollable grâce à son guide, papote avec le cocher pendant que nous admirons. De ruelles en places, nous avons maintenant une bonne idée du plan de la ville. Presque toutes les rues du centre sont pavées, les façades restaurées, une vraie plongée dans l’histoire de la Belgique, labellisée d’ailleurs Patrimoine mondial par l’Unesco en l’An 2000. De retour sur les pavés du Markt, il faut bien une petite bière pour digérer tout çà.
Venise ou Amsterdam ?
Les canaux sont un autre moyen de découvrir la ville, et sans effort, ce qui réjouit les paresseux que nous sommes. Petite queue sur le ponton, le pilote du bateau plat nous harangue pour savoir dans quelle langue nous parler. Finalement il passe du flamand à l’anglais et au français avec brio pour nous décrire les façades, nous inciter à baisser la tête pour le passage des ponts et nous raconter l’histoire de la ville que nous commençons à maîtriser (ticket 5,70 €/passager). C’est là encore superbe, et de pied ferme nous nous dirigeons ensuite vers la Brasserie De Gouden Boom ("l'arbre d'or"), implantée au coeur de la cité historique de Bruges. Elle occupe l'emplacement d'une ancienne auberge appelée 't Hamerken, ouverte en 1587 et qui brassait sa propre bière. Reprise en 1983, elle propose un Musée de la malterie et de la brasserie et c’est elle qui a relancé la production de bière de haute fermentation. Dont la fameuse Tarwebier, bière de froment, baptisée Blanche de Brugs, la première à sortir de la brasserie. Elle a été suivie par notre Brugse Tripel et la Brugs Blond. Vous prendrez bien une petite mousse ?
A consulter, le site www.brugge.be ou www.hotels-brugge.org (en 4 langues dont le français) qui fournissent des listes d’hôtels avec détails pratiques et notamment les indications de plan et de parkings, un point essentiel à Bruges.
Pratiquement tous les hôtels mettent des vélos à disposition de leurs clients moyennant une dizaine d’euros/jour, et ils sont dispensés de sens interdits en centre-ville. Vigilance tout de même!
La taille du diamant a été inventée à Bruges, il y a plus de 500 ans. Pas passionnés comme garçons, nous n’avons pas visité mais notre guide était alléchant. Démonstration de taille et de polissage de diamant tous les jours à 12h15, 6 €. Info : Katelijnestraat 43, 8000 Brugge.
Tél. + 32 50 34 20 56 www.diamondmuseum.be
Dormir:
MA NOTE POUR LE WEEK-END
(réalisé du 28 au 30 juillet 2006)
Déplacement : essence+ péage….39,10 €
2 nuits à l’Hotel:……….…66 €
Balade en fiacre :………..10 €
Bruggemuseum + Beffroi….5 €
4 Repas…………………110 €
Budget bière……..non avoué !
Au total…………………230 € sans la bière !