L’autre province du Français On doit à Michel Fugain cette confusion qui fait que les Français situent l’Acadie en Louisiane. Pourtant, c’est bien au nord des Amériques, que se situe ce joyau de la francophonie, oublié pendant des décennies par des voyageurs persuadés que seul le Québec parlait français au Canada !
L'Acadie a été, en 1604, la première colonie française à s’établir en Amérique du Nord sur un territoire compris entre ce qui est aujourd’hui le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. C’est le grand « dérangement » de 1755 qui mit fin à la présence française en déportant les Acadiens vers les colonies anglaises ou le sud des Etats-Unis… D’où la fameuse Louisiane de Michel Fugain ! Sur dix jours, durée moyenne d’un séjour au Nouveau-Brunswick, il est impossible de pouvoir tout faire, tout voir. Aussi, c’est le circuit de la route acadienne, qui part de Moncton vers Dalhousie, qui reflète au mieux l’Acadie. Une route qui transite par la côte et ses kilomètres de dunes, la rivière Miramichi et ses saumons, Caraquet et son village acadien, la baie des chaleurs et le phare du bout du monde à Miscou sans oublier un détour vers Fundy et un arrêt au Parc de la Sagouine.
Moncton, la très française
La mise en place l’été, par Corsair (à partir de 382 euros) d’une liaison aérienne entre Paris et Moncton facilite désormais la découverte du Nouveau-Brunswick. Moncton est peu révélatrice des richesses de la province et sert de base de départ à la découverte dela région : d’un côté la mer infinie, de l’autre d’immenses étendues de forêts et de lacs propices à la découverte de la nature, des ours ou de la pêche. Le Théâtre Capitol est l’un des points forts de la ville même si les activités sont restreintes l’été. A faire, le marché de Moncton, tout en bois à l’image des marchés du 19ème siècle ou le Crystal Palace pour les fous de fêtes foraines et de jeux d’arcade. Autrecuriosité : Magnetic Hill, troisième attraction naturelle la plus visitée au Canadaqui rend fou les scientifiques (sortie 450, Moncton, 00 1 506 853 3516 ou sur place le 1-800-363-4558). Apparemment, la route est une descente bien prononcée. Et pourtant, retirez le pied du frein, coupez le moteur et votre voiture remontera seule la côte. A voir également de Moncton, le mascaret, phénomène naturel causé par les marées de la baie de Fundy, qui se manifeste deux fois par jour. Le flux de la marée remonte le cours de la rivière Petitcodiac sous forme de vague pour remplir entièrement le lit de la rivière et faire monter le niveau de l'eau de plus de 8 mètres!
Une province très nature
Outre les 9 parcs provinciaux, le Nouveau-Brunswick abrite deux des plus célèbres parcs nationaux du Canada, ceux de Fundy et de Kouchibouguac.
Il ne peut y avoir de visite en Acadie sans un arrêt au Parc de la baie de Fundy et les célèbres rochers de Hopewell sculptés, au fil des millénaires, par les quelque 100 milliards de tonnes d'eau qui vont et viennent deux fois par jour dans la baie de Fundy. La visite de ces formations naturelles, surnommées « pots de fleurs », à cause de leur forme cylindrique mais également en raison des « écosystèmes miniatures » (arbres, herbes et fleurs) dont elles sont « ornées », ne serait pas complète sans la célèbre marche sur le fond de l'océan. Lorsque la marée de la baie de Fundy se retire, les formations rocheuses se dénudent complètement, d’où cette balade à pied… presque secs. A voir également, le centre multimédia d'interprétation qui facilite la compréhension du phénomène et permet la rencontre avec les scientifiques présents sur le parc. A noter, une excellente vidéo sur les Mi'kmaq, premiers habitants d’origine indienne, et les pionniers venus d’Europe. (Tél. 00 1 506 887-6000 – fax. 00 1 506 887-6008 )Autre grand site naturel, le Parc national Kouchibouguac. Vue de la route, l’image est spectaculaire : une longue passerelle de bois de deux kilomètres serpente entre mer et dunes. C’est à la maison du Parc que l’on obtient toutes les informations sur le site et que l’on trouve une extraordinaire librairie sur la faune et la flore locales. Ne pas manquer une promenade en bateau pour voir les ébats des phoques communs et gris. (Parc national du Canada Kouchibouguac, 186, Route 117 - Tél. 00 1 506 876-2443 - http://www.pc.gc.ca/kouchibouguac )
Vivre la culture acadienne
C’est Antonine Maillet qui a inventé les personnages qui vivent dans ce village imaginaire. Le pays de la Sagouine résume assez bien la culture acadienne faite de traditions et de violoneux. Il ne peut y avoir d’Acadie sans une musique entraînante où se collent des paroles nostalgiques qui évoquent le grand « dérangement » et le besoin de maintenir une culture francophone. La Sagouine débute par un immense pont de bois, à la sortie d’un village traditionnel reconstitué. Ici on s’amuse, on chante et on se raconte des histoires dans une langue parfois difficile à comprendre. Vous allez ricasser (sourire) ou remmancher (parler pour ne rien dire) et encore fronder (aller vite). Une sorte de vieux français qui n’aurait pas évolué depuis le 18ème siècle. (Le Pays de la Sagouine - 57, rue Acadie Bouctouche – 00 1 506 743-1400 www.sagouine.com). Enfin, incontournable, constitué d'environ 50 bâtiments restaurés, le Village Historique Acadien rend hommage à la hardiesse et à la ténacité des Acadiens qui demeurèrent au Nouveau-Brunswick après l'expulsion de 1755. Le village est habité par des interprètes en costume d'époque qui font revivre le 18e siècle grâce à des récits, des sketches et des exposés.
Bien sûr, le Nouveau-Brunswick ne peut se limiter à ces quelques haltes sur une route parsemée de curiosités. Il faut sortir de Caraquet voir ces maisons peintes aux couleurs du drapeau acadien. S’arrêter à Miscou et son phare, au bout du monde, où la bruyère l’automne s’enflamme d’un rouge profond. Naviguer sur la baie des chaleurs en mangeant un homard, richesse gastronomique des lieux que même Mac Donald a inscrit à son menu… Bref, cet autre Canada est à lui seul une source de plaisirs sans fin. Une sorte de nouvelle France qui serait restée fidèle à son passé.
Faites du tintamarre
Le tintamarre est une vieille tradition acadienne qui conduit les Acadiens dans la rue tous les 15 août, lors de la fête nationale. Le but : faire du bruit, un maximum de bruit. Et tout est bon pour y arriver : casseroles, crécelles, tambours, sifflets, seaux, trompettes… Une façon bruyante de démontrer que malgré la déportation de 1755, le peuple acadien est toujours vivant et qu’il le fait savoir. Pendant une heure, à 17h55 (tout un symbole) le boulevard Saint Pierre qui traverse Caraquet est envahi par plus de 25 000 personnes. Pour y séjourner, deux belles adresses, entre autres: l’hôtel Paulin, 143 bd St Pierre (00 1 506 727 9981) avec des chambres qui donnent directement sur la mer, un bonheur ! Le gîte « L'Isle du Randonneur », un Bed & Breakfast situé au 539, bd St Pierre Ouest (00 1 506 727 3877). 4 chambres à peine avec des hôtes charmants qui rendent le séjour particulièrement attractif.