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Vacances Moyen Courrier


Par Anne Le Goff

Dubaï, l’insolite en plein désert
Toujours plus ! Dubaï ne cache pas ses ambitions : accueillir 15 millions de touristes en 2010, et 40 millions de visiteurs en 2015. Et pour les attirer, l’Emirat n’hésite pas à construire les projets les plus fous. Bienvenue au pays de l’extraordinaire, le temps d’un week-end.

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Dubaï, golfe persique, 40 degrés sous le soleil. Bonnet de laine vissé sur la tête et skis aux pieds, je dévale une piste de ski. Fantasme ? Pas du tout : pendant que mes copains sont installés en terrasse au café à mi-pente, je profite d’une descente de poudreuse un peu tassée de 400 mètres de long. En plein désert. Dans la série des folies douces et des réalisations incroyables, Dubaï a mis la barre toujours plus haut. La station Ski Dubaï, inaugurée au mois de septembre, possède ainsi 5 pistes de difficultés variables, construites comme des marches d’escalier géantes pour parer aux  avalanches. Pour éviter que la neige artificielle ne devienne une rivière, le tout est installé sous un toit composé de panneaux de couleur bleu ciel, pour donner l’illusion du plein air. Une aire de jeux pour les enfants, une caverne de glace et un parc pour les amateurs de snow-board complètent l’équipement. Vu de l’extérieur, le bâtiment est massif, une structure bizarre qui émerge des sables de l’Emirat du golfe. C’est le dernier-né des projets destinés à attirer et surprendre les visiteurs, toujours plus nombreux.


Dubaï l’étonnante

Dès la descente de l’avion Paris-Dubaï, et une fois passé le choc de l’aéroport ultramoderne et celui de la chaleur accablante sur le tarmac, c’est le cou dévissé que commence la visite. Le vaste espace de sable qu’était encore Dubaï dans les années 50 est devenu une ville
 ultramoderne. Tout au long des 15 kilomètres qui séparent l’aéroport du quartier des hôtels, les 5 voies de l’autoroute Cheikh Zayed Road sont bordées d’immeubles de verre qui succèdent aux constructions de béton dans un véritable concours d’architecture. « C’est le pays de tous les possibles », m’explique Frédéric Bardin, patron (français) d’Arabian Adventures, l’agence qui organise les séjours des groupes et la découverte de l’Emirat. « Les circuits de décision sont courts. Si vous avez une idée, vous l’exposez, on vous dit très vite oui ou non. Et si c’est oui, les moyens sont immédiatement débloqués ». Résultat : des projets insensés qui ne peuvent voir le jour qu’ici. Un petit tour le long de la plage en donne immédiatement l’illustration : Bourj El Arab, l’hôtel 7 étoiles (le seul au monde à en posséder autant) s’élève sous nos yeux. Quelques 321 mètres de haut, le profil d’une voile de bateau, un étage suspendu dans le vide, en croix, il étonne par sa finesse. Il faut montrer patte blanche, pour y accéder. Habituellement seuls les clients du restaurant intégré où de l’hôtel voisin, triés sur le volet, peuvent entrer dans le Saint des Saints. La porte du hall franchie, les cris fusent : d’étonnement,dubai de déception, parfois de ravissement, en tous cas, il n’y a pas d’indifférents. La hauteur est immense, les couleurs claquent. Le rouge, le vert et le bleu vif rivalisent avec l’or, omniprésent. Un ascenseur nous fait grimper au 29ième étage, à la vitesse de l’éclair. Vue imprenable sur toute la baie dans la cage de verre, puis des baies vitrées de la salle du restaurant. Et c’est là que Dubaï se révèle : au-delà des hôtels qui se concurrencent dans le luxe, en ourlant la côte maritime, l’île des palmiers se dessine dans la mer. Non, décidément, ici, rien d’impossible : parce qu’il faut toujours créer des folies pour attirer l’attention, mais aussi par nécessité d’inventer des terrains pour satisfaire la demande et allonger la côte, un architecte a eu l’idée de créer de toutes pièces, dans le golfe peu profond, des îles artificielles. L’une, de 17 palmes, est presque terminée. La deuxième, 40 feuilles, est en cours de construction. Et pour faire bonne mesure, une troisième création, la planisphère, sort des eaux. Reproduisant la carte du monde vue du ciel, 300 îles artificielles émergent, à grand renfort de blocs de roches. Actuellement, seules les 26 îles représentant le Groënland présentent une structure habitable, un complexe de deux étages au milieu des palmiers. L’Océanie a déjà été achetée en bloc par un consortium koweïtien. Les autres continents se vendent, paraît-il, très bien. Au prix moyen de 25 millions de dollars pour un petit îlot de terre de quelques hectares vierges, à construire. David Beckam aurait acheté, mais le directeur de Nackheel reste discret sur le nom des candidats pour « The World », qui tiennent à l’anonymat. Parions que les paparazzi sauront en découvrir quelques uns !


Une ville ancienne attachante

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Direction la vieille ville, ou ce qu’il en reste : elle n’a plus qu’une taille de timbre poste, au regard du développement des hôtels et des bureaux alentour. Pendant des années, Dubaï s’est développée en détruisant le peu de constructions précédentes, les bédouins vivant plutôt sous la tente ! « Le tourisme n’a pas fait disparaître l’histoire et la culture locale », souligne Frédéric Bardin, « Il les a fait revenir ! ». Le Dubaï Museum en est le témoin : installé dans le Fort Fahidi au cœur de la vieille ville, son apparence trompeuse de fortin un peu ridicule dissimule des salles modernes en sous-sol, pour une reconstitution de l’histoire du pays. Pour 3 dirhams, le prix de l’entrée, un film de quelques minutes permet une plongée dans 50 ans d’histoire, de la découverte du pétrole dans les années 60 à l’explosion de la ville aujourd’hui. Les salles du musée retracent la vie des bédouins, le circuit de l’eau, la vie dans la mer toute proche ou les fouilles archéologiques en cours. Au retour à l’air libre, notre guide nous entraîne vers Bastakiya, le quartier des iraniens (sauvé grâce à Charles et Diana !) qui est devenu celui des galeries d’art dignes de Londres ou Rome, des cafés et des restaurants. Spectaculaires, les tours à vent, des constructions qui agrémentaient toutes les maisons de Dubaï au siècle dernier, pour fournir le souffle d’air indispensable sous le cagnard. Quartier vraiment sympathique, mais le fleuve nous appelle : nous glissons vite vers la Creek (La crique ? Les deux appellations existent), l’estuaire qui borde la ville. Et c’est le choc ! Les constructions modernes, le long du fleuve Kher Dubaï, surplombent des quais grouillant d’activité. L’eau draine littéralement une vie maritime et commerciale du golfe Persique vers l’intérieur des terres. Les boutres, ces bateaux qui n’ont pas changé d’allure depuis des siècles, vont et viennent depuis l’Iran, la Somalie, l’Inde, et cabotent tout le long de la côte africaine, apportant ici leurs richesses. Des frigos aux cartons de textile, des cargaisons mystérieuses s’empilent sur le quai, apparemment sans surveillance. Assise discrètement sur une caisse, je me laisse oublier : des Mercedes circulant sur la rive sortent des hommes d’affaires qui examinent les cargaisons, discutent avec le patron du bateau, font mine de repartir puis reviennent, payant en cash avec des liasses de billets. Les coffres se chargent, les hommes se claquent dans la main. Pas besoin de rester des heures : le commerce tourne vite, ce spectacle est fréquent.



A chacun son souk

Pour 5 dirhams, un « abra », un petit bateau-taxi, nous fait traverser le fleuve au milieu de barques surchargées de travailleurs pakistanais, indiens, iraniens : c’est aujourd’hui vendredi, jour de repos de la semaine dans ce pays très musulman. Une promenade au souk de l’or m’incite à compter et recompter mes économies : les vitrines regorgent de colliers, bracelets, des bijoux les plus lourds aux plus fins, de l’or 18, 20, 22 ou
24 carats extrait d’Afrique du sud et travaillé ici par des bijoutiers réputés dans tout le monde arabe. Dans la boutique climatisée du joaillier Damas, au bout de l’allée couverte, des panneaux en arabe et en anglais m’affirment que les produits sont des créations exclusives, vendues avec un engagement de reprise si je change d’avis ou si je reviens l’année prochaine, lassée de mon premier achat. Une chaîne de 10 grammes en 18 carats coûte 450 dirhams (102 euros). Finalement, le temps de réfléchir (et de renoncer !) je fais quelques pas et je change de souk, pour atteindre celui des épices. Les boutiques sont étroites, peu nombreuses mais bien achalandées : citrons séchés, pierre d’alun, cardamome (j’ai pris goût au café parfumé), paprika et vanille gonflent mon sac. Tant et si bien que je renonce au safran, venu d’Iran, malgré le prix raisonnable de 4 euros les 10 grammes. J’irais à Ispahan !

Des malls à l’américaine

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De retour à l’hôtel, je décide d’aller faire un tour dans les centres commerciaux. A la réception, on me recommande d’y aller accompagnée. Pour ma sécurité ou pour me faciliter la vie ? Mise à ma disposition par l’hôtel, Gulsara, 22 ans, m’assure que c’est pour m’aider à me repérer. Un brin de discussion plus tard, je comprends aussi qu’une jeune femme seule n’est pas très bien vue ! Dubaï ne demande rien aux touristes, mais les femmes du pays sont presque toujours vêtues de l’abaya noire, qui les couvre de la tête aux pieds, et circulent accompagnées d’un homme ou d’un chaperon. Et pour éviter de côtoyer la foule, c’est le matin qu’elles font principalement leurs courses. Banco, nous irons demain matin. A l’heure dite Gulsara, ponctuelle, fait signe au taxi en attente à l’entrée de l’hotel. Venue du kazakhstan à 18 ans, c’est pour son russe qu’elle a été embauchée : tous les hôtels ont ainsi des employés russophones. La clientèle venue des pays de l’Est est de plus en plus nombreuse, et parle rarement l’anglais, la langue la plus fréquemment employée à Dubaï. C’est d’ailleurs en anglais que nous papotons dans le taxi qui nous emporte vers Citycenter, le plus grand de tous les malls qui émaillent la ville. Le shopping est ici un sport national, pratiqué d’autant plus volontiers que tous les centres sont climatisés alors que la température extérieure est souvent caniculaire. Tous ouverts de 10h à 22h (…sauf le vendredi, ouverture de 16h à 22h), ils rivalisent d’enseignes internationales. Citycourt nous offre un… Carrefour tout ce qu’il y a d’européen, à ceci près que les boîtes portent la caligraphie arabe. Et dans la galerie, Ikéa voisine avec Burberry, Fila, Triumph, Esprit ou Virgin. Malgré tout, deux originalités, de taille : il n’y a aucun prix, car tout est négociable ! Le Levi’s 501 est annoncé à 325 dirhams (74 euros), la palette de maquillage 4 couleurs Dior 179 dirhams (41 euros), le petit sac rond Vuiton (marque très à la mode ici) 2004 dirhams (461 euros). Des prix parisiens, mais la facture finale dépendra de vos talents de négociateur ! « Le prix peut baisser de 20 à 30% », m’affirme Gulsara. Tout est fonction de la tête du client…et du niveau des ventes de la journée. Deuxième originalité, la loterie : présente dans tous les centres commerciaux, elle invite les clients à garder leurs tickets de paiement et les émiratis, très joueurs, repartent avec des cadeaux qui vont du petit collier fantaisie…à la voiture !
Petite pause au Starbuck (expresso à 7 dirhams –1,60 euro ; Perrier à
15 –3,45 euros- là, les prix sont fixes !) et direction le Burjuman, un autre centre à deux pas, chic et cher, où je me contente de regarder les vitrines : Saks, Dolce et Gabbana, DKNY et Svarowsky, entre autres. C’est peut-être l’heure ? Les clients sont rares. Un nouveau taxi et 20 minutes plus tard, délestée de 50 dirhams (11,50 euros), la température frôlant les 40 degrés, je file sous la douche. Non sans avoir tenté de donner un pourboire à mon escort girl. Gulsara refuse. Ordre de l’hôtel ? Dignité personnelle ? Il faudra que j’y retourne vérifier. Le plus vite possible : Dubaï l’incongrue m’a séduite !

Dubaï, c’est aussi un désert

Le shopping vous lasse ? Le désert se découvre à petites gorgées, en excursion au départ de la plupart des hôtels. Une escapade dans les dunes en véhicule 4x4, avec chauffeur anglophone, coûte 75 euros par personne pour la demi-journée. La balade peut être agrémentée d’un dîner de spécialités orientales dans le désert (70 euros). Plus originale, l’exploration des « Wadis », qui offrent un magnifique spectacle de gorges rocheuses parfois encadrées de verdure (la journée avec déjeuner pique-nique 70 euros). Ou encore, un peu plus loin, une promenade culturelle dans Sharjah, l’émirat voisin de Dubaï, plus pauvre et plus strict du point de vue religieux, plus culturel aussi (30 euros la matinée) ou encore une découverte d'Abu Dhabi, capitale des Emirats Arabes: le musée du pétrole, le White Fort, la Corniche, le chanteur des boutres (la journée, déjeuner non inclus 45 euos). www.arabian-adventures.com
 

 


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