region pays
Vacances en Europe

Par Michel Blanchard

Paradores, des châteaux en Espagne
Les Paradores, hôtels de trois à cinq étoiles gérés par l’Etat, sont l’un des fondements du tourisme espagnol, et la Mancha et l’Estrémadure deux régions attachantes au sud-est de Madrid. Nous avons testé trois Paradores, entre Tolède et Caceres, qui donnent une idée de ces « châteaux en Espagne » qui fêteront leurs 80 ans en 2008.



Le Château d’Oropesa, à 112 km de Tolède et deux heures de Madrid, est l’image même du Parador qui privilégie en premier lieu un bel emplacement, mais aussi un bel édifice, en général historique. Oropesa est un vrai château médieval, avec donjon et créneaux. La situation est superbe : sur une hauteur, le château, bordé d’un petit village, domine toute la vallée, à perte de vue, avec ses oliviers. Des fenêtres du Parador lui-même, qui occupe en fait la partie la plus récente de l’ensemble, datant du XVIe siècle, le regard porte à 180° à la ronde, jusqu’à la Sierra de Gredos. Le château ancien date du XIVe siècle, et était la résidence des Alvarez de Tolède, comtes d’Oropesa. Ouvrage défensif, aux murailles hautes et épaisses, il était destiné également à servir de refuge aux soldats, moines et nobles en cas de guerre.
Son aménagement respecte parfaitement le passé. Salle à manger, grands salons, meubles anciens, tableaux, rideaux et tapis mettent en valeur des volumes exceptionnels, jouent sur la vue, la lumière, et donnent à l’ensemble un vrai cachetespagne, en évitant la froideur de ce genre de lieux. Des baies vitrées ont été aménagées dans la salle à manger pour mieux profiter du panorama et, luxe pour l’été seulement, une piscine extérieure a été creusée dans les douves.
Les chambres et suites, 48 au total, sont grandes et très confortables, avec l’aménagement moderne que l’on est en droit d’attendre dans ce genre d’établissement, classé quatre étoiles.
Le parking est suffisant, dans la cour, l’accueil est sympathique, le service de bonne qualité, avec un personnel en nombre et pour les serveuses habillées en costume local.
La cuisine, comme c’est la règle dans les Paradores, destinés au début à une clientèle espagnole et qui se veulent de prix accessibles,  privilégie les produits et vins locaux régionaux. Ils sont mis en exergue, à la carte (40 à 45 euros) ou en menu (celui-ci à 28 euros). Ici, c’est le gibier, et notamment les perdrix, et aussi le chevreau grillé, le mouton, les Migas del Aranuelo (pain émietté grillé préparé), les beignets au miel, le tout servie avec un bon vin de pays. La clientèle vient aussi de l’extérieur : la moitié du chiffre d’affaires des Paradores provient de la restauration.
Dans le village  d’Oropesa, il est possible de visiter l’église paroissiale et les couvents des Miséricordes et de Notre Dame du Souvenir. Autour, excursions sur la route de la broderie (10 km), la route de la céramique (32 km), la route de la vallée du Tiétar (70 km), la route de la Vera et de l’Empereur (60 km).


Dormir au couvent, sans ascétisme

espagne

La route vers Trujillo, où se trouve le deuxième Parador de notre test, traverse un beau paysage de la région de Tolède, puis de la Mancha, le pays de don Quichotte et Sancho, et de l’Estrémadure. Pas de moulin à vent en vue, mais un paysage vallonné, avec de grandes étendues de chênes rouvres et chênes lièges, qui défient l’hiver de leurs feuilles vert foncé sous la lumière banche et piquante du soleil. Des moutons, aussi, en troupeaux. L’Estrémadure, c’est la terre extrême où coule le fleuve Douro, à la frontière du Portugal. Une région très pauvre qui vit beaucoup d’émigration  vers le Nouveau Monde notamment, et dont sont issus Pizarro et quelques autres, héros d’un pays qui ne veut retenir d’eux que la meilleure image.
Situé au cœur du très joli bourg du même nom, le Parador de Trujillo, notre préféré, est un ancien couvent, Santa Clara, superbe et rénové avec une hardiesse qui heurterait sans doute en France. Les chambres sont construites à l’étage de l’ancien cloître, fermé par des baies vitrées, ainsi qu’autour d’un deuxième cloître ajouté en extension. La salle de restaurant est l’ancien réfectoire des religieuses (franciscaines et clarisses), peut-être un peu banalisé, et le petit déjeuner buffet se prend dans l’ancienne église, dont les chapelles ont été soigneusement restaurées.
Il y a aussi une piscine d’été, mais pas de salle de fitness ni spa, comme on en trouve de plus en plus à travers le monde dans les établissements quatre étoiles. Cette nouvelle exigence, en Espagne, n’en est qu’à ses débuts. Par contre, la wi fi, payante, est accessible des parties communes et des chambres. Celles-ci, heureusement plus vastes que les anciennes cellules des nonnes, sont confortables et chaleureuses, décorées avec goût, dotées de belles salles de bains, d’une télévision satellitaire, d’un minibar et de l’air conditionné. Peut-être auraient-elles pu être un peu mieux insonorisées entre elles. Les portes, en bois épais, à l’ancienne et avec un regard, sont du plus bel effet et concourent à l’impression de paix de l’ensemble. Les plafonds ont des poutres, le sol est en céramique vernie.
Partout, l’éclairage a été particulièrement soigné, en lumière indirecte et en utilisantespagne comme réflecteurs des disques métalliques dorés de plusieurs tailles. Le bar reprend cette idée avec un grand disque d’or sous sa voûte en ogive. Le style du couvent, datant surtout du XVIe siècle, est Renaissance, avec des chapiteaux de pierre coiffant des colonnes de style toscan. Les salons sont  nombreux et confortables, et l’accueil comme le service sont amicaux et efficaces. Côté cuisine, les spécialités sont ici la soupe de tomate au cumin, le cochon de lait rôti ou la charcuterie et les fromages d’Estrémadure. Comme dans tous les Paradores, il y a aussi un menu végétarien et un menu pour diabétiques, ainsi qu’un menu enfant.
La commune qui entoure le Parador, Trujillo, est une petite ville où l’on aimerait rester quelques jours. La cité historique est toujours habitée, et vit comme autrefois, calme et sereine. La grande Plaza Mayor, où se trouvent la cathédrale San Martin, une magnifique statue équestre de Francisco Pizarro et son ancien palais au blason ciselé, est typique de l’Espagne ancienne, avec sous les arcades ses magasins d’alimentation ou de tissu, son épicerie, ses cafés. Le soir, elle est particulièrement bien illuminée, et dans la journée, les cigognes qui nichent dans le clocher font la joie des voyageurs. Il faut aussi grimper à la forteresse, d’où l’on a une vue superbe sur la plaine vers l’ouest,  avec des murs de pierres disposées les unes sur les autres pour marquer les limites de propriété. Là, on visitera la splendide église Santa Maria la Mayor (entrée 1,25 euros), qui possède entre autres un superbe retable peint du XVe, dû à Fernando Gallego.

espagne


Une nchaîe inégale

L’autoroute vers l’étape suivante, la ville et le Parador de Caceres, à 48 km de Trujillo, passe de paysages de chênes rouvres à des étendues quasi désertiques où affleurent comme des crêtes des roches de granit, puis des zones d’élevage extensif du mouton entourant de grandes bergeries. Le Parador de Caceres, ville de 90.000 habitants dont la partie ancienne est classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco, est situé en plein cœur du quartier noble, qui compte de nombreux palais, et date du XIVe siècle. Il est situé dans le Palais de Torreorgaz, lui-même bâti sur des fondations arabes. Il comporte deux étages et une tour, qui dominent un petit patio. La façade d’entrée est surmontée d’un blason.
L’accès au Parador, dans une rue étroite, est un peu malaisé. Si vous venez en autocar, il n’est pas exclu de terminer à pied, avec ses bagages, ce qui surprend pour un quatre étoiles. L’accueil est plutôt basique. La réception est de petite taille. Les chambres sont petites et un peu vétustes, comme le mobilier. Les fenêtres de plusieurs chambres sont dotées de verre cathédrale et donnent sur une étroite cour de service. Il n’y a pas de wi fi. L’établissement, dont l’entretien et le service ne nous ont pas non plus convaincus, déçoit, et semble plus près d’un trois étoiles que des quatre étoiles qu’il revendique, surtout si on le compare avec les autres établissements visités auparavant. Il est vrai que le bâtiment d’origine, et les surfaces, ne sont pas les mêmes.
Côté restauration, le niveau se rapproche des autres Paradores. Parmi les spécialités, on note le filet de cerf au fromage de El Casar ou le chevreau rôti au romarin, ainsi que des desserts sucrés : Técula Mécula (tarte aux amandes), salade de figues confites, etc.

La ville ancienne de Caceres, à l’inverse de Trujillo, est peu habitée. Derrière ses remparts, on ne croise guère que des touristes qui effectuent le circuit des églises, couvents, palais des XVe au XVIIe siècles, tours, portes et musées. Elle a été classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco en 1986. En hiver, partout des cigognes, sur le moindre clocher. La Plaza Mayor elle-même est à l’extérieur de la ville historique, et la ville nouvelle, où vit la population et où se trouvent les commerces, est sans grâce particulière. Un musée d’art moderne, le Musée Vostell, se trouve à 15 km sur la N 521, à Malpartida.La ville ancienne de Caceres, à l’inverse de Trujillo, est peu habitée. Derrière ses remparts, on ne croise guère que des touristes qui effectuent le circuit des églises, couvents, palais des XVe au XVIIe siècles, tours, portes et musées. Elle a été classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco en 1986. En hiver, partout des cigognes, sur le moindre clocher. La Plaza Mayor elle-même est à l’extérieur de la ville historique, et la ville nouvelle, où vit la population et où se trouvent les commerces, est sans grâce particulière. Un musée d’art moderne, le Musée Vostell, se trouve à 15 km sur la N 521, à Malpartida.

La chaîne espagnole des Paradores

Créée en 1928, la chaîne des Paradores appartient à une société de l’Etat espagnol. Le premier établissement a été inauguré par le roi Alphonse XIII à la Sierra de Gredos, près de Madrid. Elle compte aujourd’hui 91 établissements,et bientôt 92, de trois à cinq étoiles (la majorité étant des quatre étoiles) et totalise 5.600 chambres. Destinée à contribuer au renom international de l’Espagne par la mise en valeur de ses bâtiments historiques, et à créer une structure autrefois inexistante, elle compte des châteaux, des couvents, des palais, des monastères parmi les plus beaux. Elle est implantée aussi bien dans des villes patrimoine de l’Humanité, contribuant à la préservation de ce patrimoine, que dans des parcs naturels de premier plan. Elle s’attache aussi au patrimoine gastronomique, en assurant la promotion des cuisines régionales. La clientèle, au départ espagnole, est composée désormais pour 68% d’étrangers, dont 16% de Français. La  « Route des Paradores » est un circuit touristique très populaire en Espagne. Caceres et Trujillo font partie du circuit de sept jours « Ruta de la Plata ». Oropesa fait partie du « circuit Don Quichotte ». L’ouverture de dix-sept nouveaux Paradores est prévue d’ici 2010. Des produits nouveaux ont été lancés en 2006, comme les « chambres d’exception », 44 en tout, où ont dormi rois et Grands d’Espagne, ou des séjours à thème, historique ou non. Le réseau possède aussi deux golfs. www.parador.es.

PRATIQUE : Y aller

Aéroport de Madrid Barajas (au départ de Paris : Air France, Air Europa, Iberia, Easy Jet, etc.) puis Autoroute Madrid Badajoz.
Tarifs
-Parador d’Oroposa : tél. 925430000. mail: oropesa@parador.es ou reservas@parador.es
A 112km de Tolède sur l’autoroute d’Estrémadure N V. 48 chambres de 115 à 125 euros (suite 177 euros) sans petit déjeuner (13 euros).
-Parador de Trujillo : tél. 927321350. Mail : trujillo@parador.es ou reservas@parador.es.
 A 250 km de Madrid par l’autoroute d’Estrémadure et 48 km de Caceres (N 521). 50 chambres de 130 à 165 euros (suite 210 euros) sans petit déjeuner (13 euros).
-Parador de Caceres : tél. 927211759. Mail caceres@parador.es ou reservas@parador.es.
 A 300 km de Madrid et 89 km de l’aéroport de Badajoz. Accès avec borne rétractable à interphone place Santa Clara.  33 chambres de 130 à 140 euros sans petit déjeuner (13 euros).

Tarifs pour enfants de moins de 12 ans, jeunes, plus de 60 ans, et pour 2, 3, 5 et 7 nuits (en circuits ou non).


<Retour en haut de page>

radio