region pays
Vacances Long Courrier .

Par Anne Le Goff

Ethiopie, le pays culture

Après le règne de l’empereur Haïlé Sélassié puis la terrible dictature Mengistu, l’Ethiopie reprend doucement sa place dans la liste des pays à visiter. Avec un patrimoine culturel à faire pâlir d’envie l’Egypte et les autres capitales africaines.

« Incroyable », « Superbe ». Le groupe de voyageurs qui ressort de Gondar est encore sous le choc d’une découverte peu commune : des châteaux du 17ème siècle dans un parc de verdure à quelques 2000 mètres d’altitude, au beau milieu d’une ville très africaine en plein développement économique. Gondar n’est pourtant que l’une des surprises de cette visite dans une Ethiopie très verte, désormais bien éloignée des images de sable et de famine laissées en tête par la guerre avec l’Erythrée ou, plus lointaines, les conquêtes de Mussolini.
Addis Abeba, tout d’abord, surprend le voyageur. La ville moderne est le siège de l’Union africaine, elle présente des avenues larges et bien entretenues, et c’est un hôtel 5 étoiles qui nous ouvre ses portes : le Sheraton Addis, oasis de luxe dans une ville encore pauvre. Construit en 1998, il a été le premier hôtel labellisé Luxury Collection en Afrique, c’est dire son niveau et sa qualité, dignes des meilleurs palaces de New-York. Un luxe unique dans le pays. La capitale elle-même n’a pas grand intérêt, il faut le reconnaître. Elle présente le choc d’une ville dotée de plusieurs quartiers chics de villas cossues et fleuries côtoyant des quartiers plus que pauvres, dont la population a gardé les modes de vie traditionnels. Une attraction, cependant, qu’il ne faut pas manquer d’aller saluer : Lucy, notre ancêtre à tous. Quelques deux millions et demi d’années, ses pauvres ossements sont étalés dans un vitrine poussiéreuse du Musée national (entrée 10 birrs, ouvert de 9h à 11h30 et de 14h00 à 17h30 du lundi au samedi). A ses côtés, quelques capes de souverains successifs, des pots, des bijoux, mais le manque d’explications et l’état général font espérer l’ouverture prochaine du futur musée, en construction, prévu pour prendre le relais de cette présentation d’un autre âge. Quelques pas plus loin sur la même King George Street, le Musée Ethnographique est plus intéressant voire émouvant : le bâtiment abritait au 1er étage les appartements de l’empereur Haïlé Sélassié jusqu’à une tentative de coup d’état en 1961. Sa chambre est restée intacte, ses penderies garnies, sa salle de bain (sanitaires Porcher !) impeccable bien que marquée par le temps. Sur le même pallier, les salles ethnographiques présentent des icônes sur bois, des croix ouvragées, des instruments de musique qui donnent envie de rejoindre au plus vite la première étape du circuit sur la route historique, Lalibela.


Lalibela, plongée en Ethiopie

2300 mètres : le petit aéroport domestique très années 50 affiche fièrement son altitude. Le vol Addis-Lalibela, avec étape à Gondar, s’est déroulé comme un voyage en taxi. Sans encombre. Quelques 20 km en bus ouvrent les yeux sur la campagne déjà admirée du ciel, très verte, très vallonnée, sillonnée par des bergers enturbannés et fiers qui saluent toujours de la main au passage du véhicule. L’Hôtel de la chaîne Ghion se révèle incroyablement moderne à l’entrée dans la ville, construction fonctionnelle de béton des années 70. Quelques pas et nous voici plongés dans la foule dense du marché du samedi matin. Les vendeurs d’huile succèdent aux marchands de piments qui s’alignent devant les troupeaux d’ânes aux pattes courtes et nerveuses. Le guide nous prévient d’être vigilants pour nos sacs mais la foule est bon enfant, des gamins empressés se sont collés tout de suite à notre équipage. A chacun son compagnon pour attaquer une conversation dans un anglais plutôt bon sur les  mérites de l’école, avec les questions traditionnelles sur la famille, le métier et la santé du visiteur. Accompagnement curieux…et intéressé. Les demandes de stylos ou de T-shirt émaillent le dialogue, à moins que ce ne soit une sollicitation plus directe de quelques birrs pour aider à s’inscrire à l’école qui, justement, débute dans quelques jours. Les éthiopiens sont fiers, mais totalement démunis. Sans être jamais agressifs, ils considèrent que les touristes sont une occasion de sortir un peu de cet extrême dénuement et nous prennent parfois pour une banque ambulante. Toujours gentiment. L’accompagnement s’arrête net à la porte du site des églises de Lalibela, la raison de la visite ici. Le site est interdit sans ticket et le prix (100 birrs, ticket valable pour toute la durée du séjour) est dissuasif pour un quémandeur qui n’a aucun revenu. Nous retrouverons nos amis à la sortie du site….


Les églises enterrées

Elles datent du 12ème siècle, et ont été imaginées comme une « deuxième Jérusalem » par l’Empereur Lalibela pour éviter aux pèlerins les risques d’un voyage en terre sainte. Ces églises ont été creusées dans la terre dure et sèche des montagnes, discrètes presque secrètes pour les protéger des attaques des mécréants. Elles constitue un patrimoine, un héritage fascinant sur la foi, que l’on soit ou non croyant. Encore aujourd’hui, les fouilles ne sont pas complètes et la destruction des manuscrits de l’époque laisse les historiens bien en peine d’expliquer comment ces églises ont été creusées d’un seul bloc, par quelles méthodes et selon quels plans. Il reste des édifices pauvres mais majestueux, toujours utilisés par des prêtres qui perpétuent les traditions d’une église autonome, vénérant Marie et le Christ, les apôtres et les saints. Pas moins de 11 églises se succèdent sous le niveau du sol, dans des gorges rouges. La plus jolie  à l’intérieur est sans conteste Sainte Marie (Beta Mariam) avec ses peintures polychromes. La plus curieuse vue de l’extérieur, la plus photographiée aussi, est Saint-Georges, isolée des autres, construite en croix. Elle a le grand mérite de ne pas avoir été défigurée par les atroces toits de tôle ondulée qui protègent les édifices des rares intempéries. Imposés par l’Unesco, ils sont aujourd’hui contestés car les bâtiments se fissurent, et il est question de les retirer. Toutes les églises se visitent en se déchaussant, et il est prudent de prévoir des chaussettes pour fouler au pied les tapis nombreux mais peu entretenus des églises. Les prêtres, accueillants mais souvent concentrés, prennent volontiers la pose avec les croix symboliques de l’édifice qu’ils protègent. Un don est toujours très apprécié.


Axoum, Gondar, des sites inscrits au patrimoine

A peine 50 minutes d’avion et voici Axum : le cadre est plus sec, la ville plate plus pauvre encore, nous sommes au cœur de l’Ethiopie antique, avec ses stèles et ses obélisques pour marquer les tombeaux des rois. Le site principal est classé au Patrimoine de l’humanité, on dirait une petite Egypte. L’une des deux églises de Sainte-Marie de Sion abrite une chapelle censée protéger la célèbre Arche d’Alliance, ce coffre qui renferme les Tables de la loi données à Moïse par Dieu lui-même. Les femmes n’ont pas accès à l’édifice (« Rien à voir », disent les copains, puisque le coffre lui même est dans un sous-sol protégé par un prêtre reclus). Que de mystère ! Il faut également jeter un œil au site mal dégrossi du sable du Palais de la Reine Makeda, un palais de 52 pièces à quelques kilomètres du centre (un taxi y va pour 30 birr, 3 euros). Puis s’envoler à nouveau (1h30 de vol cette fois) pour la prochaine étape, Gondar, la ville des châteaux forts. Nichée au cœur de la montagne, près du Lac Tana, Gondar a été la capitale impériale pendant les 17 et 18ème siècles. Les rois s’y sont succédés, construisant des palais les uns à coté des autres et non pas sur les autres, comme Louis XV remaniant l’héritage de Louis XIV. Cela donne un ensemble architectural totalement inattendu en Afrique, et lui aussi classé Patrimoine mondial par l’Unesco. Au total, ce sont 8 sites qui sont ainsi enregistrés par les Nations Unies. Dans un pays pauvre qui a bien du mal à les mettre en valeur mais ne demande plus qu’à ouvrir ses portes.


Petits conseils

· Ou aller ? Les hauts plateaux d’Abyssinie, pour la route historique que nous décrivons, permettent de découvrir une Ethiopie culturelle à découvrir d’urgence. Plus au Nord, les déserts. Au Sud-Ouest, la Vallée de l’Omo est un rendez vous avec les tribus de chasseurs et pasteurs (Hamar, Mursi, Konso, Bana...) où les femmes à plateaux. Les « Give me monney » sont systématiques pour toute photo. Attention, les distances y sont longues sur des pistes parfois délicates.
· Quand y aller ? Les saisons pour la visite du Sud du pays sont de juillet à février, pour le Nord de l’Ethiopie (trekking du sel à Dallol, la dépression du Danakil ou la route historique des hauts plateaux) de septembre à juin, pour le trekking d’octobre à juin.
Grand rendez-vous culturel, les festivités de Timkat, l’Epiphanie, les 19 et 20 janvier donnent lieu à des cérémonies très courues à Lalibela, la ville se transforme en village de tentes pour accueillir les fidèles et les touristes, parfois dans des conditions un peu spartiates compte-tenu de l’affluence.
· La monnaie : un Birr éthiopien vaut 0,09 euros. Autrement dit, il faut en gros diviser les birr par dix pour obtenir des euros. La monnaie se change dès l’aéroport mais il y a aussi des distributeurs de billets dans les grands hôtels de la capitale. Les dollars sont aussi pratiques en province.
· Les éthiopiens sont très accueillants, mais les dames doivent savoir se couvrir les bras, voire la tête pour visiter les lieux de culte. Certaines églises leurs sont interdites. Toujours se munir de chaussettes pour visiter les églises, et de chaussures faciles à mettre et retirer…


A lire

· A ne pas rater, le Petit Futé: la qualité de ces guides est parfois inégale, celui sur l'Ethiopie est absolument remarquable pour la synthèse, la validité de l'info (il date du début de l'année), tous les conseils pratiques ou l'histoire. A avaler dans l'avion avant d'arriver, voire tout de suite pour info!! (17 euros).
· Pour se mettre en bouche, ou regretter de n’être pas resté plus longtemps, « Ethiopie, l’empire mythique » d’Olivier Bourguet est un beau livre qui vient d’être publié par les Editions Vilo. Textes et photos superbes, 60 euros.

· Pour le contexte, et le plaisir de relire un auteur mythique, jeter un œil sur « Lettres d’Abyssinie » d’Henri de Monfreid (17€) ou sa biographie « Mes vies d’aventures » (Editions Robert Laffont, 23 eur


<Retour en haut de page>

radio