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Vacances Moyen Courrier

Par Anne Le Goff


Un désert très culturel
La Libye redécouvre les touristes : Longtemps isolée par l’embargo international imposé par les Nations Unies, elle ouvre ses portes et ses déserts à qui veut bien la visiter. Découvertes archéologiques comprises.

Aller en Libye ? Quelle drôle d’idée ! Mais pour quoi faire ? Essayer de dire que vous avez l’intention de vous rendre à Tripoli, et vous verrez les réactions : la mauvaise image du pays lui colle aux basques, et il y a tellement d’autres endroits où aller que la Libye se trouve généralement en dernier de la liste des destinations envisagées. Et pourtant ! Leptis Magna, Sabratha, Zliten, les sites archéologiques de la « Tripolitaine » sont le premier argument de vente du pays. Et à juste titre : Leptis Magna, le site le plus important, révèle une ville fondée par les phéniciens de Carthage 1000 ans avant J. C, devenue ensuite l’une des plus importantes métropoles de l’Empire romain. Elle est aujourd’hui classée au Patrimoine de l’Humanité par l’Unesco. Des thermes, un théâtre gigantesque et pratiquement indemne, les vestiges d’un port, elle représente une véritable exploration à travers le temps, loin de la foule qui défigure les ruines de Grèce. Et puis les déserts : les plus beaux du monde, à en croire les amateurs. Dunes de sable près de Ghadamès à l’Ouest où à l’extrême Est, près de l’Egypte. Déserts de pierre bien souvent. Et les routes des Touaregs deviennent aujourd’hui des sentiers de randonnées. Les touristes sont encore bien rares : précipitez vous ! Les conditions d’hébergement sont parfois un peu spartiates, les ouvertures et fermetures des musées un peu aléatoires, le respect des règles musulmanes toujours très strict, mais l’accueil spontané et généreux des libyens les compense. Les investissements massifs dans les hôtels et sites touristiques commencent, le temps des pionniers ne va pas durer !


Un voyage de pionniers

« C’est vrai que les hôtels sont rares », reconnaît Magali Morlot, Chef de projet de 1001 Soleils. Seulement 6 établissements à Tripoli, la capitale, dont 3 hôtels d’état. La clientèle peut être mise à la porte si jamais une délégation officielle réclame des chambres ! A charge alors pour l’accompagnateur de trouver d’autres hébergements, ce qui n’est pas évident. D’où l’utilité de vérifier avec le Tour-opérateur s’il a bien programmé un circuit dans des hôtels ou hébergements privés, plus sûrs. Et plus conformes aux normes internationales : les établissements d’état affichent officiellement 4 à 5 étoiles, mais la réalité peut facilement avoir
 2 étoiles de moins. « Aujourd’hui, la destination ne se prête pas encore à l’accueil des familles », souligne Magali, « Nous avons surtout de jeunes retraités passionnés de voyage. Le confort est souvent relatif, dès le mois de mars il fait trop chaud pour des enfants, surtout les plus jeunes ». Et pourtant, les 2000 kilomètres de côtes risquent de les attirer bien vite : les plages, souvent vierges, sont baignées d’une Méditerranée qui va bientôt accueillir des stations touristiques. Deux contrats ont déjà été signés par des consortiums italiens, qui sont les premiers clients du pays. Ancienne colonie italienne, la Libye a en effet gardé des liens très forts avec Rome, et les rues de la Médina de Tripoli résonnent fréquemment de l’accent italien de touristes en goguette.


Tripoli l’italienne

La capitale libyenne a gardé l’allure d’une ville italienne des années 50 : rues larges et claires, trottoirs un peu hauts, et mis à part quelques tours de bureaux, la plupart des immeubles ne dépassent pas 3 étages. Attention, la circulation est dense et les embouteillages fréquents. Pour aller sur les sites archéologiques situés à l’est et à l’Ouest de Tripoli, il faut prévoir de partir tôt, autant pour les éviter que pour bénéficier de la fraîcheur : dès le mois d’avril il peut faire 40 degrés à l’ombre, et malgré la beauté des lieux, ce n’est pas l’idéal pour gambader dans les ruines. En revanche il n’y a pas vraiment d’heure pour déambuler dans la Médina de Tripoli. Elle fait la sieste aux heures chaudes, mais tôt le matin et jusqu’à 22 h, ses portes sont grandes ouvertes. Située en plein cœur de la capitale moderne, la vieille ville dans les murs a ses accès sur le Port et sur la fameuse Place verte, la Place de la Révolution qui accueille tous les événements. Cette Médina tripolitaine n’a rien de commun avec les souks de Marrakech ou d’Istambul. Les boutiques sont nombreuses, mais ce ne sont pas les épices ou les souvenirs qui les alimentent, ce sont les bijoux ! Colliers et bracelets berbères, boucles d’oreilles en or rouge (24 carats) ou argent, pièces anciennes et modernes, croix touareg en nickel, les femmes au foulard bien serré autour de la tête se pressent dans les boutiques étroites mais surchargées. Ici, pas question de négocier : on peut certes passer du dinar libyen à l’euro mais tous les marchands connaissent le change. La traditionnelle croix touareg en nickel vaut 10 dinars (6 €) à Tripoli, Benghazi ou Ghadamès, quel que soit le commerçant !! Les ruelles blanches et étroites à l’air libre sont bordées de maisons de deux étages maximum, au sol cimenté et régulièrement balayé… dans la partie la plus fréquentée. Pour une petite pause, cherchez la mosquée Shaïb-al-Aïn, dont le minaret borde la seule petite place où boire la fameuse bière sans alcool (1 dinar, 0,60 €), le Pepsi (pas de coca américain ici !) ou le thé à la menthe (0,30 dinar, 0,20 €) en fumant un narguilé à la pomme (2 dinars, 1,20 €). Et en ressortant de la Médina, une promenade s’impose sous les arcades de la rue principale pour prendre le frais en regardant les passants. La foule est composée à 95% d’hommes en tenue européenne, quelques femmes en robes longues et austères, foulard serré et parfois gantées, presque toujours en talons hauts. Elles ne s’asseyent jamais en terrasse, mais les touristes y sont les bienvenus et les hommes engagent volontiers la conversation, en anglais ou en italien, parfois en français car si les libyens le parlent peu, les tunisiens ou marocains sont très nombreux. Ils constituent le gros des hôteliers et restaurateurs et sont ravis de montrer leur francophonie. Tripoli se veut accueillante, elle est la base de départ de toutes les découvertes, vers les sites archéologiques ou les portes du désert. Un passage obligé qui donne une bonne idée du pays, de son rythme et de ses rites, en pleine occidentalisation.

Ghadamès, la ville abandonnée

Située à 5 heures de route de Tripoli, Ghadamès est inscrite dans les circuits de tous les voyagistes. La vieille ville berbère, située aux portes des sables, a ceci de particulier qu’elle est…totalement vide de ses habitants ! Dans le souci de leur assurer plus de confort, dit-on, ses
 7000 familles ont été déplacées sur le plateau dans des immeubles, en 1982. La ville ancienne, ceinturée d’une enceinte de 6 km, est un exemple d’urbanisme saharien avec des systèmes de circulation d’air dans des ruelles couvertes, semées de petites places pour les conciliabules des anciens et les jeux des enfants. L’eau pour alimenter les jardins de la palmeraie coule dans des canaux très régulés sous les maisons. Alors que toutes les autres sont fermées, une maison ghadamsi typique ouvre ses portes sur rendez-vous pour un déjeuner. Ses murs offrent les décorations typiques rouges des berbères entourant des miroirs collés au mur pour refléter la lumière. Le sol est recouvert de tapis et de nattes, la terrasse offre une vue sur les jardins très entretenus par les villageois du plateau. Ghadamès l’historique n’est plus aujourd’hui qu’une ville-musée pour touristes.


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La Libye s’ouvre au tourisme, mais reste un pays musulman strict
 : la consommation d’alcool est strictement interdite, d’une manière générale, les dames doivent éviter jupes courtes et décolletés et prévoir de se couvrir la tête pour visiter les mosquées.

La meilleure saison pour se rendre en Libye est sans conteste l’hiver, de novembre à Mai. Les tour-opérateurs renoncent d’ailleurs à organiser les balades sous 50° degrés à l’ombre l’été ! En hiver, climat méditerranéen : prévoir vêtements de demi-saison et un imperméable.
Mais il peut aussi faire 25 dès le mois de février.

Formalités : Passeport valable plus de six mois après le retour, sans trace de passage en Israël. Pas question de penser visiter le pays de façon improvisée : pour obtenir un visa, il est obligatoire de passer par une agence libyenne qui se porte caution ; les hommes d’affaires doivent avoir une lettre d’invitation. Les agences se chargent de la traduction du passeport en arabe par un traducteur assermenté et de l’obtention du visa. Il faut prévoir au minimum 10 jours de délai pour ces formalités avant le départ.

 



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