Steppes by step Etendues vertes à perte de vue, troupeaux de vaches et de chevaux sauvages, la Mongolie est une découverte de la nature à l’état brut, à la rencontre d’un peuple à l’hospitalité légendaire.
Loin des traditionnelles destinations de vacances, du « top 10 » des pays les plus visités par les Français, la Mongolie est un voyage d’exception. Des paysages grandioses, des rencontres avec des mongols qui font preuve d’une gentillesse et d’un sens de l’accueil exceptionnels, mais pour découvrir ces terres encore épargnées par le tourisme de masse, le voyageur doit s’adapter aux conditions de vie locales. Oubliées la chambre d’hôtel, la baignoire et la télévision câblée… Aventure, évasion et authenticité garanties ! Enclavée entre les géants russe et chinois, la Mongolie est longtemps restée inaccessible à l’occident et aujourd’hui encore, le voyage est long, pour atteindre Oulan-Bator, la capitale, d’où partent tous les circuits. Il faut compter au moins une quinzaine d’heures de voyage, avec escale à Moscou généralement (voir encadré Pratique). La capitale est une étape obligée vers un autre monde, et l’obligation n’a rien d’enthousiasmant. Ville champignon débordée par l’exode rural, Oulan-Bator témoigne du choc culturel entre la vie nomade et le développement urbain. Le modernisme et la tradition se côtoient, les téléphones portables et les costumes traditionnels, les 4x4 et les chevaux, mais aussi les business man et les plus démunis, souvent ravagés pas l’alcoolisme. Les quartiers chics et leurs petites filles habillées et coiffées « rose bonbon », sont au coin de la rue du bidonville des yourtes et de ses enfants abandonnés. Une journée dans la capitale est suffisante, le temps de prendre de l’argent aux distributeurs automatiques (1euro= 1500 tougrigs) et en route pour la steppe: les lieux fascinants de la Mongolie se trouvent dans les campagnes, les montagnes et les déserts.
Des pistes incertaines
Avec seulement 2,7 millions d'habitants sur un territoire grand comme trois fois la France, la Mongolie est le pays du monde présentant la plus faible densité d'habitants au kilomètre carré. Des steppes plates aux montagnes majestueuses, en passant par les déserts sableux ou caillouteux,… la Jeep 4X4 est le moyen idéal pour la découverte de paysages aussi variés que grandioses. La plupart des agences proposent la location des véhicules avec chauffeur, jeep ou minibus 4x4, et la sortie de la capitale permet vite de comprendre pourquoi : la route goudronnée laisse rapidement la place à des pistes et l’habileté du conducteur à éviter les fondrières est appréciée par les passagers. Par ailleurs l’absence de signalisation et la très faible densité de population conduisent à recommander fermement l’utilisation des services d’un chauffeur local. Il reste que dans l’idéal et en fonction des moyens, il faudrait également prévoir un guide interprète car les chauffeurs sont comme les mongols, ils parlent rarement anglais ! A moins d’un cours de langue très accéléré et performant, la communication s’avère vite impossible. Les étendues de steppe, vertes et vallonnées, se succèdent à perte de vue, semées de yourtes qui ne se regroupent pas en villages mais en habitat très dispersé. Chaque éleveur veut rester près de son troupeau, il déplace son logement en fonction des besoins de ses animaux. La porte est toujours ouverte, le visiteur est bienvenu et le 4X4 est repéré depuis longtemps par la famille lorsqu’il s’approche. Les guides ont leurs repères, ils savent où se situe la famille qu’ils connaissent…à quelques kilomètres près ! Et c’est bien volontiers que les mongols accueillent les visiteurs étrangers. Le confort est spartiate, il n’y a ni eau courante, ni électricité, donc pas de lavabos ni de toilettes…le voyageur qui cherche le haut standing n'ira pas en Mongolie. En revanche, celui qui souhaite prendre part aux diverses tâches de la ferme yourte peut adopter le temps d’un séjour le mode de vie ancestral des éleveurs nomades.
Aïrak sous la yourte
La yourte est l’habitat préféré des Mongols et l’emblème de leur culture. Cette sorte de grande tente ronde est constituée d’une charpente en bois enveloppée d’un feutre blanc. Elle abrite toute la famille et sert de salle de séjour, de chambre à coucher, de cuisine et de lieu de rencontre. Adaptée à la vie nomade, elle se démonte rapidement et son armature a une durée de vie de cent cinquante ans. La vie dans la yourte est organisée autour de rituels. Tout d’abord, pour y entrer convenablement il faut passer le pied droit en premier. La porte est toujours tournée vers le sud, « pour laisser entrer le soleil et les voyageurs de passage », explique Bahiar, éleveur nomade rencontré dans le désert de Gobi. Une porte ouverte à tous car, pour les mongols, une visite est toujours signe de chance. A l’intérieur de la yourte, l’ouest est la place d’honneur des invités. Au fond se trouvent les symboles religieux bouddhistes et chamanistes et, au centre, est installé le poêle sur lequel fermente le lait de jument. Les habitants des yourtes offrent aux visiteurs ce lait, appelé « aïrak », accompagné du traditionnel « aaroul », un fromage séché à l’air et au soleil. Il est important de ne pas refuser, au risque de contrarier les hôtes. Il faut recevoir les plats des deux mains ou de la main droite avec la main gauche sous le coude droit (autrefois pour montrer qu’on n’ avait pas d’arme, c’est encore très important). Si l’aïrak n’est pas votre tasse de thé, vous pouvez juste tremper vos lèvres dans le bol et l’offrir à votre voisin.
Les repas sont généralement simples à cause du mode de vie mais ils n’en sont pas moins préparés, parfois longuement. Les trois ingrédients principaux de la gastronomie mongole sont la viande (mouton, chèvre, bœuf, yack), le lait de jument et la farine. Les fruits et les légumes sont rares. Les Mongols apprécient particulièrement les produits laitiers qu’ils appellent “nourriture blanche”. Ils pensent que la consommation des laitages favorise la longévité. Ses dérivés sont nombreux: beurre, fromages, yaourts et, bien sûr, l'incontournable aïrak, spécialité acidulée qui met l’estomac à rude épreuve. Plus suave, le thé salé est servi avec du lait de jument à tout moment de la journée. La cuisine nomade est calorique et grasse comme les « khoushour », raviolis à la viande frits, archi-frits !
D’un monde à l’autre
Passée la steppe, nous voici dans un Gobi : le célèbre Désert de Gobi, partagé entre la Chine et la Mongolie, est situé au sud du pays. Mais les mongols désignent sous le nom de gobis (gov en mongol) toutes les régions semi-désertiques et salines, pauvres en pluies et en rivières. Il existe ainsi 33 gobis différents en Mongolie, presque tous sont au programme des circuits puisqu’ils représentent au total un tiers du territoire. Certains sont caillouteux, d’autres sablonneux. Beaucoup sont émaillés de monastères qui marquent la renaissance de la religion bouddhiste dans le pays. Après avoir été privés de leur religion pendant soixante dix ans par le régime communiste, les Mongols ont en effet retrouvé leur liberté de culte en 1990. Ils ont reconstruit les temples détruits et les lamas exilés en Sibérie ont réinvesti les monastères. Celui de Karakorum est le plus important et le plus spectaculaire du pays. Appelé « Erdene zuu », le « temple joyau », il a été fondé en 1585 et s’étend sur 1600 m2. Transformé en musée en 1941, il est entouré par des murailles majestueuses surmontées de plus de cent stupas. La vie monastique y reprend doucement. De nombreux circuits touristiques s’achèvent à Erdene zuu, et les commentaires vont bon train sur l’hospitalité des mongols, la difficulté d’échanger, la rudesse du paysage.
Le retour vers la « civilisation » est plutôt rude après la vie de grand air… La douche est bienvenue avant une sortie pour les derniers achats. Il n’existe pas vraiment de rue commerçante à Oulan-Bator, des objets artisanaux et des articles vestimentaires typiques s’achètent dans le « department store », près de la place centrale « Gengis Khan ». La vie est bon marché mais les guides multiplient les mêmes conseils que le site français d’informations aux voyageurs : les rues sont peu sûres la nuit tombée, il faut être prudent. A celui qui est prêt à oublier un peu son confort, dans un pays qui manque cruellement d’infrastructures, la Mongolie offre des émotions et des découvertes qui dépassent largement celles d’un voyage classique. Une destination fabuleuse et unique pour les amoureux d’espaces infinis, de nature sauvage et de contacts humains simples et essentiels.
La Mongolie… suivez le guide !
Des informations pratiques, des clefs pour comprendre la culture mongole, un peu d'histoire et de géographie, ce guide est un outil essentiel pour préparer votre voyage dans le pays des steppes. L'auteur, Gaëlle Lacaze, est ethnologue spécialiste de la Mongolie. Elle fait partager sa passion en restituant l'atmosphère si particulière de ce pays. Elle en propose un tableau réaliste, mettant en évidence sa complexité, ses charmes, ses atouts et ses difficultés. Editions Olizane, collection Guide Découverte, 2006.
Vous aussi
1435 euro* avec Déserts, pour le circuit « Bayan Gobi et Erdene zuu », 8 jours/7 nuits, départs tous les mois d’avril à octobre. Ce circuit randonnée emmène directement les voyageurs au contact avec les populations mongoles. Il comprend 4 nuits en camp de yourtes et 2 nuits en bivouac, la découverte d’Oulan-Bator et celle de trois monastères, parmi lesquels celui d’Erdene zuu, le plus important et le plus célèbre du pays.
0892 236 636 (0,34 euros ttc/min) - www.deserts.fr 2070 euros avec Terre Mongolie un « Jeux de chariot » de 12 jours, en famille ou entre amis, le charme du nomadisme en partant à la rencontre d’une famille d’éleveurs. Itinéraire de transhumance à cheval, à pied et en VTT puis en canoë, au pas des yacks tirant le chariot.
01 44 32 12 83 –www.terre-mongolie.com 2195 euros avec Voyageurs du Monde, pour un circuit très complet de 16 jours et 14 nuits baptisé « Nature et grands espaces ». Une découverte du désert de Gobi, une immersion dans les steppes et des rencontres avec les nomades, avec une équipe d’accompagnement pour un petit groupe et un voyage plutôt confortable avec hébergement dans les yourtes, minibus 4X4 et un bon équipement de camping.
0892 235 656 (0,34 euros ttc/mn) – www.vdm.com *à partir de
L’autre Mongolie
Moins connue, infiniment moins fréquentée, une autre Mongolie ouvre désormais ses portes : la Mongolie intérieure chinoise.
Un minuscule bol de porcelaine en mains, Shi Wei accueille les pilotes avec un grand sourire : le district d’Hulun Buir où elle habite a décidé d’ouvrir ses portes, et de le faire savoir !! Hulun Buir, c’est un district de l’autre Mongolie, située tout au Nord de la Chine, à la frontière avec la Mongolie et la Russie. Pour se faire connaître, la province organise avec le pilote Hubert Auriol un Rallye-Raid, le Green Raid. Quelque 40 voitures et motos se sont élancées à l’assaut des steppes, des forêts et des dunes au mois de juillet 2007. Une première édition test, en septembre dernier, a réuni de vieux routiers du Rallye Paris-Dakar, ravis de changer de terrain de jeu.
Hulun Buir fait partie de la Mongolie intérieure chinoise qui n’est certes pas la destination la plus connue en Chine, mais sans doute l’une des plus vertes. A deux heures d’avion de Pékin, sa capitale, Hailar, est une ville aux avenues larges et impersonnelles, plantées d’immeubles plus modernes les uns que les autres. Sitôt passé le dernier bâtiment, ce sont de vastes étendues de steppes…et de forêts. Le district d’Hulun Buir, baigné par le fleuve Amour, est en effet une véritable réserve d’eau dont le Lac Hulun est l’emblème. En hiver, la prairie est une immense étendue de neige blanche. Dès le mois de Mai, elle se couvre de fleurs jaunes. Le désert, omniprésent à l’ouest de la Mongolie, ne représente ici qu’une toute petite partie du district et une bataille est lancée pour bloquer son avancée et maintenir les steppes. Les troupeaux de chevaux sauvages et de vaches, gardés par les héritiers de Gengis Khan, sont désormais contraints par des barrières qui coupent les étendues immenses.
Comme dans l’autre Mongolie, l’accueil est ici une tradition. Dans les steppes, la porte des yourtes dispersées s’ouvre volontiers pour un bol de thé. Mais elles sont souvent abandonnées, utilisées seulement le temps d’une étape car les habitants ont été fixés dans les villages. Et comme de l’autre côté de la frontière, l’anglais est rarement parlé, il est indispensable de venir accompagné d’un guide pour se diriger (les panneaux, rares, sont en chinois) ou échanger avec les populations. Rares sont encore les touristes à s’y lancer, si bien qu’aucun tour-opérateur français ne programme, pour l’heure, cette destination. Mais la volonté politique y est ! Et quand Chine veut….