Par Marc La Vaissière Polynésie, la plus belle des envies
Ici, le voyage tient une de ses magies. La Polynésie que des générations de découvreurs peignirent aux couleurs du paradis, règne depuis sur ces horizons mythiques qui alimentent nos envies. Coup de folie, voyage d’une vie ou parce qu’il fait beau aujourd’hui, décollage immédiat pour Tahiti et les 118 îles qui composent ce Pays d’outre-mer rattaché à la République française. Vingt-deux heures de vol plus tard, bienvenue de l’autre côté du Monde, au beau milieu du Pacifique Sud et de ses décors de légende. « Manava », comme on dit ici.
C’est à n’y rien comprendre. A priori, cette alchimie du bonheur qui fait l’absolue réputation de la Polynésie française tient du mystère. Après tout, les cinq archipels du Pays (Société, Tuamotu, Gambier, Marquises et Australes) ne sont pas les seuls de la planète à jouer avec des couleurs de carte postale et des ambiances si légères qu’elles attestent qu’on est bien à l’écart du monde et de ses urgences. Pire : les embouteillages que subit Papeete, la capitale (110 000 habitants), le sable noir qui tapisse certaines plages de Tahiti ou des Marquises, la plaie des moustiques omniprésents, les pluies diluviennes qui frappent à la mauvaise saison ou certains tarifs délirants affichés avec un sourire désarmant, devraient normalement susciter quelques désenchantements. Il n’en est rien. Pas un vacancier qui à l’heure du départ, ne songe déjà à revenir. Pas un écrivain, peintre, poète, acteur ou navigateur qui raconte son séjour sans multiplier les émerveillements, de James Cook à Jacques Brel, de Kersauzon à Gauguin, sans oublier Matisse, Loti, Antoine, Segalen, Tabarly ou Brando. Pas un anonyme qui, longtemps après son retour, ne ressasse les harmonies de couleurs, le charme des palmes que peigne la brise tiède, les regards qui pétillent, les cascades de fleurs, le ciel en flammes, la douceur des soirées, ces vahinés dont le paréo savamment noué souligne la grâce… L’affaire dure depuis des siècles (Wallis « découvre » Tahiti en 1767). Et la collection d’images fait toujours référence lorsqu’il est question de vacances.
Il est sans doute vain de chercher des explications rationnelles là où dominent de régénérantes passions. Si Tahiti est devenue l’un des mythes du voyage, ce n’est sans doute pas un hasard. Vérification lors de l’arrivée à l’aéroport de Tahiti Faa’a. L’immense aérogare ouverte à toutes les brises l’est aussi à toutes les émotions, celles du départ comme celles de l’arrivée. Toute la population de l’île (130 000 habitants) semble se donner rendez-vous à ce point zéro des relations de l’archipel avec le monde extérieur. La famille au grand complet –entre dix et vingt personnes- accompagne les partants (collier de coquillage à passer autour du cou) pour d’autres mondes, ou salue leur retour avec des colliers de fleurs dont les senteurs puissantes de tiaré ou de frangipanier flottent avec insistance : mama rondouillarde en robe blanche brodée, gaillards torse nu couvert de tatouages, jeunes beautés espiègles au français roucoulant, bambins armés de leur i-pod et d’une casquette américaine, papys un peu perdus…
A la descente de l’avion, qu’importe si les visages sont chiffonnés par 12 heures de décalage horaire qui font vivre la tête à l’envers : prière d’ouvrir l’œil et les narines. Le premier choc, sorte de bonheur populaire communicatif, est au rendez-vous. Il est du reste significatif que les deux quotidiens de Polynésie, la Dépêche et Les Nouvelles, consacrent chaque jour quatre pages aux photos prises à l’aéroport.
Nuit noire ou aube déjà pétillante, respirer à plein poumons, regarder à s’enivrer de couleurs franches, ces tropiques souriants dont on devine déjà qu’ils tiendront toutes leurs promesses. Cette prise initiale de contact mérite bien une pause. Tahiti fait partie de l’archipel de la Société (îles du Vent et îles sous le Vent confondues), le plus fréquenté. Ses perles, Moorea toute proche, Huahine, Raiatea et Tahaa qui partagent le même lagon, Bora Bora, l’étoile du Pays, sont en effet très faciles d’accès depuis Papeete. Il n’empêche qu’un bref séjour à Tahiti se justifie. Ne serait-ce que pour reprendre ses esprits. Mais aussi pour flâner dans les allées du marché couvert, sorte de halle Baltard des tropiques, qui multiplie les étals de poissons pêchés durant la nuit, les fleurs fraîchement cueillies et l’artisanat. Sans oublier pour qui prend le temps de tendre l’oreille, tous les potins de l’île qui s’échangent. On est ici au cœur de la Polynésie, celle du petit peuple et de la vie vraie. Une ribambelle d’hôtels est installée en bord de lagon et permet de savourer ses premiers plaisirs polynésiens, celui de l’eau transparente, de piscines accueillantes, d’un service invariablement souriant et de soirées douces à contempler les feux du couchant, un cocktail à la main. Romantisme, quand tu nous tiens…
Ensuite, il sera bien temps de mettre le cap sur les terres voisines, des îles hautes semées comme un collier d’émeraude sur le bleu du Pacifique.
Les rendez-vous des belles de la Société
bassin à dauphins qui permet de nager à côté des cétacés. Soulignons également vingt-cinq adresses d’hébergement chez l’habitant, une formule qui enchante tous ceux qui veulent faire rimer voyage et partage, au contact des habitants de Moorea. Cette petite hôtellerie à prix doux présente un autre avantage : elle est souvent implantée dans des sites superbes. Huahine (40 minutes de vol de Papeete) est considérée par les Polynésiens comme un jardin. L’île est le refuge de tous ceux qui revendiquent l’authentique, la version nature et originelle du Pays. D’où une fréquentation discrète, plus de pensions de famille (dix-sept) que d’hôtels classiques (deux seulement) et le plaisir de plagettes invariablement désertes, de chemins fleuris qui traversent les plantations de vanille ou d’ananas, de sites religieux antiques de toute beauté, de cascades fraîches et d’un lagon propre à toutes les activités, pêche, surf, plongée…, sans qu’on y soit jamais dérangé. Voisine de la précédente, Raiatea est considérée comme le berceau de la culture polynésienne. C’est en effet ici qu’auraient débarqué les premiers navigateurs Maoi il y a plus de 1 000 ans, faisant de l’île le point de départ de leur conquête du Pacifique. Par ailleurs, la légende locale installe également ici la résidence de Oro, le dieu créateur. D’immenses marae (dont le fameux Taputapuatea, siège du pouvoir de la Polynésie ancienne), témoignent d’une intense activité religieuse. Esplanade de grosses pierres gardée par des tikis (statues de divinités au regard fixe), le marae réunissait prêtres et population lorsqu’il s’agissait d’implorer le ciel. A la veille d’une bataille, de la prise d’une décision ou à l’occasion d’un anniversaire. Bonnes pâtes, les hommes n’hésitaient pas à sacrifier quelques jeunes filles, histoire d’amadouer le divin. Aujourd’hui, Raiatea est le point de départ des amateurs de navigation sous la voile, grâce à deux marinas qui abritent les principales compagnies de location du territoire. Deux hôtels et une dizaine de pensions permettent de séjourner sur l’île qui partage son lagon avec une perle : Tahaa. C’est sur ce bijou dont le lagon est un véritable aquarium et dont les pentes douces sont tapissées de vanille, qu’a été construit le Taha’a Private Island & Spa, le seul Relais & Châteaux de Polynésie. Ambiance chicissime, gastronomie digne d’une étoile, service épatant, plages pour amoureux transis, spa raffiné et tarifs démesurés…Nombre des bungalows sur pilotis de l’établissement offrent une vue imprenable sur Bora Bora. Justement, elle est là, cette reine du Pacifique Sud, baignée par « le plus beau lagon du monde », dominée par l’élégant mont Otemanu (727 mètres), sertie par un collier d’îlots (ici, on dit motu) de pure beauté… Assurément, les couleurs du lagon de Bora Bora (à admirer lors de la phase d’atterrissage de l’avion qui vient en 50 minutes de Tahiti), offrent un vrai frisson. La gamme complète des verts et des bleus, du jade clair au saphir profond, s’est donnée rendez-vous dans cet aquarium qui abrite tous les poissons de la création. Plonger deviendra vite la principale activité du séjour. Pour aller surprendre raies et requins en compagnie d’un expert. Pour se faufiler entre les bancs de corail, pour admirer les anémones et les poissons picasso, les rondouillards rouges, les fluo, ceux qui enfilent un pyjama rayé, les craintifs comme les curieux, les paisibles et les filiformes. Le spectacle est exceptionnel. En outre, Bora Bora se flatte d’une capacité hôtelière importante. Au point que certains parlent de saturation. Voire. Les plus belles plages (Matira en particulier) sont occupées depuis longtemps par des maisons de grand style. Depuis quelques années, ce sont les motu qui accueillent les palaces cinq fois étoilés. La plupart des grandes enseignes sont présentes, avec les fameux bungalows sur pilotis qui furent inventés ici.