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Des îles différentes




puce Tetiaroa, l’île de Marlon Brando

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En tournant Les révoltés du Bounty dans les années soixante, Marlon Brando est tombé raide amoureux de la Polynésie. Il a d’abord épousé sa partenaire tahitienne du film. Puis il s’est porté acquéreur d’un paradis, posé à deux pas de Tahiti. L’acteur américain y a installé sa petite famille (deux enfants) et venait régulièrement y faire la pause. Il y a même ouvert un petit hôtel parfaitement intégré à la nature de l’îlot, entièrement construit selon les méthodes traditionnelles de Polynésie. Il était alors du dernier chic de venir admirer ici des milliers d’oiseaux de mer et de paresser à deux pas du maître, au silence de la cocoteraie. Brando mort, ses héritiers ont confié à la chaîne locale InterContinental le soin d’aménager le site avec une petite unité de grand luxe, totalement respectueuse de l’environnement exceptionnel de Tetiaroa. Ouverture prévue en 2009.


puce Toi, toi, Tuamotu

Cet archipel est une étrangeté de la nature. Ses 76 îles sont pratiquement toutes des atolls. Imaginons une couronne de corail tressée de cocotiers.
A l’intérieur, un lagon paisible qui joue des pastel et des transparences.
A l’extérieur, les bleus profonds du Pacifique qui hésitent entre marine et violine. Cette couronne n’est rien d’autre que le bord du cratère d’un volcan dont le cône est désormais sous l’eau. Et c’est sur ce fragile territoire qui affleure à peine au-dessus de l’océan, que vivent une centaine d’habitants rassemblés autour de l’épicerie et du clocher dans des villages de poupée.
Pour nombre de voyageurs, un atoll, c’est l’aboutissement du voyage en Polynésie, une forme de pause entre ciel et océan, à écouter la chanson des vagues et du vent, à suivre les oiseaux de passage en rêvant de Jonathan le goéland. Bref, à laisser couler le temps. Pour quelques irréductibles, aux Tuamotu, il n’y a rien, plus rien, que la parfaite courbe de l’horizon. C’est donc l’essentiel.
Seule une poignée d’atolls bénéficie d’une liaison aérienne avec Papeete : Rangiroa, la capitale de l’archipel est un paradis pour qui aime la plongée sous-marine (exceptionnel lagon, trois hôtels de classe, une vingtaine de pensions et cinq centres de plongée qui font référence dans le monde entier) ; Tikehau, célèbre pour sa plage de sable rose, bordée d’un côté par un hôtel de rêve, de l’autre par le lagon considéré comme le plus poissonneux de Polynésie ; Manihi, fameuse pour ses fermes perlières dont les plus beaux spécimens habillent cous et mains de Paris, New York, Rome ou Tokyo, ainsi que pour son hôtel étoilé longtemps considéré comme un modèle du genre « Robinson chic sous les Tropiques » ; Fakarava enfin, sorte de bout du bout du monde, un hôtel également ainsi qu’une poignée de pension, pour qui veut vivre à l’écart du monde. Tous les autres atolls de l’archipel sont livrés à l’instinct du voyageur. On y débarque au hasard d’un bateau (éventuellement les cargos de ravitaillement) et on y reste le temps qu’il faut, hébergé par une famille de rencontre (c’est quand même payant). La vie comme on la rêve, en somme.
Partout, les Tuamotu offrent le privilège rare d’un espace jamais compté, d’une intégration immédiate à la communauté villageoise et des mille bonheurs du lagon ou de l’océan : plongée, bien entendu, mais également voile, pêche ou tout simplement, pause réjouissante sur une plage forcément déserte, à l’ombre d’une rangée de cocotiers.
L’archipel des Gambier offre les mêmes caractéristiques, visiteurs en moins puisqu’il n’y a pas d’infrastructure hôtelière. Même Mangareva, l’île principale connue pour son étonnante cathédrale de corail, n’offre que quelques modestes et sympathiques pensions de famille.


puce Le grand bleu

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Chacun son style. Partout en Polynésie, on peut se contenter d’aller barboter dans le lagon avec un masque et un tuba. Palmes facultatives. Tout le matériel est fourni sur place. Au programme, l’un des plus beaux spectacles de la planète offert par des eaux aussi tièdes que translucides et une incroyable population de poissons. Des millions dans chaque lagon, qui folâtrent entre patates de corail, anémones de mer et tapis d’algues. Sublime. Le grand spectacle est offert dans les passes des barrières de corail, ces échancrures qui permettent le passage des bateaux et le renouvellement des eaux. A l’heure de la renverse (marée haute, le lagon se remplit, marée basse, il se vide), il suffit alors de se laisser porter par le courant pour observer une incroyable migration entre lagon et océan. Les pêcheurs locaux assurent la récupération des plongeurs lorsque le spectacle est terminé.
Les plongeurs expérimentés embarquent avec un moniteur spécialisé côté grand large et se mettent à l’eau sur le tombant du récif qui offre parfois plusieurs centaines de mètres de découverte. C’est ici que s’approchent les bancs d’énormes thons, les dauphins, les baleines parfois, des raies immenses et les requins de tous genres. Frisson garanti !


puce Le temps s’immobilise aux Marquises

Oubliées les douceurs tahitiennes. Ici, on foule une terre vigoureuse aux cimes acérées, toute de vallées profondes, difficiles d’accès, et de baies tapissées de noir sur lesquelles gronde un océan à la vague écumante. A 1 500 kilomètres au nord de Papeete (liaisons aériennes quotidiennes), le monde polynésien change de visage. Une douzaine d’îles dont six seulement sont habitées, composent l’archipel des Marquises, le plus secret de tous. Au coeur de cette nature indomptée, 6 500 habitants, éparpillés au gré des îles et des vallées. Les chevelures fleuries cèdent la place au tatouage des guerriers et les rondeurs du tamure aux hakas qui scellent le destin des hommes. Ces signes sont la marque d’une histoire millénaire au cours de laquelle il a fallu défendre son territoire, généralement « sa » vallée, arme à la main, veiller à la survie des siens en partant plusieurs jours durant chasser la chèvre et le cochon sauvage. Aujourd’hui encore, il est fréquent de croiser sur les hauteurs marquisiennes, des troupeaux de chevaux qui galopent à la lisière des forêts de manguiers epolynesiet de frangipaniers. Autre conséquence de cette nature rude et de ces caractères trempés, une forte identité culturelle. Elle est marquée par la langue (rien à voir avec le tahitien), l’art du tatouage donc, celui de la sculpture sur pierre comme sur bois, la confection des tapas ces toiles obtenues en frappant longuement l’écorce des arbres et servant à la confection de vêtements. La culture locale s’exprime aussi par des chants soit religieux, soit guerriers, toujours rythmés par le tambour et nés de la nuits des temps, lors des cérémonies sur les innombrables marae de l’archipel en prévision d’une prochaine conquête ou d’un rendez-vous divin. Point commun avec Tahiti, le sacrifice humain était fréquent. Mais souvent, c’étaient les prisonniers de la dernière expédition qui étaient offerts au ciel…
Nuku Hiva et Hiva Oa sont les deux principales îles des Marquises. Sur la première, une nature grandiose (cascades, baies, forêts d’arbres géants), des marae impressionnants, une cathédrale gardée par des sculptures monumentales sur bois précieux… Sur la seconde, pause émouvante au cimetière d’Atuona, le village-capitale, où reposent Gauguin et Jacques Brel, découverte des nombreux marae, de ses chemins bordés de manguiers, de papayers et de bananiers, du musée Gauguin (les toiles accrochées sont des copies)… L’une et l’autre île disposent chacune d’un bel hôtel et de plusieurs pensions de famille. Elles constituent le point de départ d’un circuit aux Marquises. Les liaisons entre les îles s’effectuent par hélicoptère, ou avec des bateaux loués sur place. Voilà qui permet d’accéder à Ua Pou, fameuse pour sa beauté nature et ses hordes de chevaux sauvages, Ua Huka, également réputée pour ses 3 000 chevaux qui galopent en liberté et son exubérante flore tropicale, Tahuata, perle miniature de l’archipel, la seule à être tapissée de plages blanches, où l’on est sculpteur, génération après génération, et Fatu Hiva, visitée pour sa somptueuse baie des Vierges (elle rivalise avec les plus belles de la Planète) et ses ateliers de fabrication de tapas.


puce Au cimetière d’Atuona

Paul Gauguin débarque en Polynésie en 1891. Il s’installe aux Marquises à partir de 1901 : « Ici, la poésie se dégage toute seule et il suffit de se laisser aller au rêve en peignant pour la suggérer », écrit-il. Dans sa maison d’Atuona (Hiva Oa), il peint les toiles qui lui offriront la gloire. Il bâtit aussi la Maison du jouir (aujourd’hui reconstruite) avant de s’éteindre en 1903. Jacques Brel touche Hiva Oa en bateau. Flambé par cette retraite du monde, il décide d’y vivre sa dernière escale. Brel compose ici son ultime album (« Gémir n’est pas de mise, aux Marquises »), achète le terrain sur lequel il souhaitait construire sa maison, en dessine les plans... avant de mourir le 19 octobre 1978.


puce Tape le tapa

L’art du tapa est typiquement marquisiens. L’écorce d’un arbre, le mûrier de préférence, mais également de l’arbre à pain, est prélevée en larges plaques puis longuement frappée de manière à obtenir une toile la plus fine possible. Jadis, le tapa était utilisé comme vêtement. Désormais, le panneau d’écorce ainsi obtenu est peint de motifs d’inspiration religieuse et sert à la décoration d’intérieur. Il est généralement brun, parfois blanc, et les lignes de ses dessins sont noires.


puce Australes : danse avec les baleines

Dernier archipel de la Polynésie française, les cinq îles Autrales, Rurutu, Tubuai, Raivavae, Rimatara et Rapa. Et entre 1 000 et 2 000 âmes sur chacune d’elles. Des terres extrêmes, surtout Rapa qui, invariablement battue par les vents, vit encore du souvenir des révoltés du Bounty qui s’y réfugièrent. Quant aux autres, elles offrent des paysages inattendus sous ces latitudes : sages mamelons, vallées propices à l’agriculture, jardins où fleurissent les haricots verts, maisonnettes perdues dans les terres… Sans oublier quelques plages blanches de toute beauté (Raivavae, Rurutu, Tubuai…). En outre, une certaine fraîcheur du climat tranche avec les températures tropicales de Tahiti.
Desservies par vols réguliers (Rurutu, Tubuai et Raivavae) ainsi que par cargo de ravitaillement (cabines pour passagers à bord), les Australes sont les moins courues des beautés polynésiennes. Cela pourrait changer, pour deux raisons au moins.
La première est que l’archipel ne manque pas d’arguments. A commencer par le subjugant passage des baleines mégaptères qui croisent devant Rurutu chaque année entre juillet et octobre, à la saison des amours. Le plus impressionnant est que les cétacés peuvent être approchés de relativement près et observés avec un simple masque et tuba…
Ensuite, les Australes sont, comme on dit, « dans l’air du temps », pour leur dominante verte qui se découvre le long de sentiers séculaires, au rythme tranquille des randonneurs. Ajoutons le bonheur de résider sur des terres du bout du monde, si peu fréquentées que le contact s’établit aussitôt entre population locale et visiteurs. Enfin, soulignons le talent des artisans locaux qui n’ont pas leur pareil pour tresser les chapeaux avec de fines lanières d’arbres fruitiers ou des joncs, ainsi que celui des chanteurs qui improvisent de superbes polyphonies.
La deuxième raison est au programme de l’actuel gouvernement de la Polynésie, dirigé par Oscar Temaru, dont le ministre du Tourisme, Jaqui Drollet fait de l’ouverture des Australes un des points forts de son mandat. A titre d’expérience, il a demandé à l’Aranui, ce cargo équipé de belles cabines, qui ravitaille habituellement les Marquises au départ de Papeete, de tenter un périple vers les Australes cet automne. La réponse des voyageurs l’incitera –ou pas- à poursuivre. Mais d’ores et déjà, le ministre souhaite mobiliser ses « Australiens » pour qu’ils développent la petite hôtellerie familiale qui lui est chère. En espérant que très vite, un groupe construise le premier hôtel de l’archipel. Car pour l’heure, seul le logement chez l’habitant est possible. Voilà un argument définitif pour convaincre les vrais voyageurs

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