Tokyo : réalité virtuelle Ville de clichés et d’a priori, ancrée dans ses traditions, Tokyo, la tentaculaire, est à vivre comme un immense jeu vidéo qui repousse la frontière entre futur immédiat et passé millénaire.
Après 12 heures de vol sans escale : Narita, l’aéroport de Tokyo, ressemble à n’importe quel autre aéroport d’Asie : moderne, pratique, propre avec pas moins de 12 guichets pour l’immigration. Le temps de descendre les escaliers pour récupérer sa valise qui tourne déjà sur le tapis roulant, la faire « renifler » (c’est systématique) par des chiens policiers inquisiteurs et nous voilà dehors. 23 minutes seulement depuis la sortie de l’avion. Un record.
Un peu groggy sous l’effet cumulé du vol (il est 9H20 heure locale, 1h20 du matin à Paris) et du décalage horaire (+ 8 heures), il faut rejoindre l’hôtel. Dans un uniforme à mi-chemin entre la tenue d’écolière (jupette bleue et socquettes blanches) et celle d’un cocher du 18ème, des jeunes filles qui semblent tout juste sorties de l’adolescence haranguent les piétons porte-voix à la main. Plantées devant un panneau rempli de « kanji », ces idéogrammes totalement imperméables pour l’occidental moyen, elles sont là pour renseigner les voyageurs qui veulent prendre les navettes des hôtels haut de gamme de Tokyo. Avantage : on peut les utiliser même si l’on ne réside pas dans les hôtels concernés. Il faut compter entre 2 700 et 3 000 yens (17 à 21 euros) pour 1 heure à 1 heure trente de trajet.
Tokyo, nous voilà
Plus exotique, le train. Quatre lignes (JR Narita Express, JR Train Rapide, Keisel « Skyliner », Keisel semi-express… ») desservent les gares de Tokyo, Shinjuku, Ikebukuro ou Ueno. Il vous en coûtera entre 1 000 yens (par le Keisel semi-express) et 3 110 yens (JR Narita Express) selon la gare de destination et la compagnie utilisée (soit entre 14 et 22 euros) et sensiblement le même temps de parcours qu’en navette-hôtel. On achète ses billets directement au distributeur. Dernière solution, le taxi, « très » cher. Environ 20 000 yens (140 euros) pour à peu près une heure de trajet. Une course qui pourra littéralement « exploser » si vous vous retrouvez coincé dans les bouchons aux heures de pointe. Le parcours jusque Tokyo n’offre que peu d’intérêt. Une campagne entièrement domestiquée où champs et rizières asséchées cèdent très vite la place à un urbanisme tentaculaire qui les grignote chaque jour d’avantage. Avec plus de 12 millions d’habitants, la mégalopole nipponne a besoin d’espace, qu’elle n’hésite pas à grignoter sur la mer. Aujourd’hui, environ 1/4 de la superficie de la ville a été gagné sur les flots. Nous ne sommes que dans les faubourgs mais déjà la « pieuvre urbaine » décline à l’infini une succession d’immeubles entrecoupés de voies ferrées et d’autoroutes suspendues. La vision du château de la belle au bois dormant du Tokyo Disneyland (www.tokyodisneylandresort.co.jp) signale alors l’entrée dans la ville.
Une approche complexe
Répartis dans un vaste jardin à la japonaise de 20 000 m² (un véritable luxe à Tokyo) les 3 établissements (Takanawa Prince Hotel, Takanawa Prince Hotel Sakura Tower et New Takanawa Prince Hotel) qui constituent notre hôtel totalisent 1 669 chambres, une ville dans la ville. Cinq minutes pour récupérer sa carte magnétique, monter jusqu’au 14e étage et prendre possession de sa chambre. De la fenêtre, caché entre deux immeubles, on devine le Mont Fuji qui semble à l’étroit, coincé entre les gratte-ciel. Si la chambre est de facture classique, dans la salle de bains, superbement mises en valeur, les toilettes attirent immanquablement l’attention. Plus larges que les nôtres, elles marchent à l’électricité et sont l’assurance d’un grand moment de rigolade (voir encadré)
Tokyo, la multiple
Tokyo semble recéler 10, voire 20 villes différentes. Pour s’y déplacer, on utilisera les transports en commun ou bien les taxis comme dans n’importe quelle métropole. Mais avec des bémols toutefois. Au premier regard, le métro de Tokyo est totalement incompréhensible pour un européen qui débarque. Il existe 2 compagnies qui exploitent une dizaine de lignes. Compter de 130 yens (0,8 euros) à 160 yens (1,1 euros) pour l’achat d’un ticket. Si vous ne savez pas quel prix payer, prenez le billet le moins cher et payez la différence à la sortie. Surtout, gardez le ticket. Il vous sera nécessaire pour sortir du métro. Privilégiez les « pass » dont les prix s’échelonnent de 700 (métro uniquement) à 1 580 yens (métro + JR) pour 1 journée. Un conseil, oubliez le bus surtout si vous ne parlez pas japonais et privilégiez le métro. Quand aux taxis, ils sont omniprésents dans la capitale nipponne. On les prend devant les hôtels, les gares, les stations de métro importantes ou on les arrête n’importe où dans la rue. La prise en charge varie de 600 à 650 yens (4 à 6 euros) les 2 premiers kilomètres. Ensuite, compter environ 80 yens (0,6 euros) par tranche de 280 m additionnelle. Petit conseil pratique, n’ouvrez ni ne fermez jamais la porte, c’est le chauffeur qui l’actionnera automatiquement depuis son siège. Forts de ces conseils, vous voici maintenant armé pour partir à la conquête de la ville et de ses différents quartiers qui vous feront passer sans transition aucune du 18ème au 21ème siècle, de l’Orient à l’Occident…. Les premiers pas mènent traditionnellement à l’incontournable cérémonie du thé dans un cha-no-yu, une maison de thé traditionnelle. Un thé qui n’a rien à voir avec celui auquel nous sommes habitués en occident. Ici, il est constitué de feuilles de thé vert réduites en poudre appelées « Matcha ». Mélangées à l’eau chaude et battues avec un fouet de bambou, elles donnent un thé léger, mousseux, l’« usucha » ou bien un thé épais, plutôt amer et dont l’aspect s’apparente plus à une bouillie vert clair directement tirée d’un marigot. Pas de sucre mais une petite pâtisserie aux couleurs criardes que l’on mange en même temps permet d’en atténuer l’amertume. Attention, on ne le boit pas comme un vulgaire Earl Grey. La dégustation d’une tasse de thé répond à un cérémonial précis. Les invités doivent d’abord traverser un jardin où, selon la tradition, ils se séparent du monde pour adopter un nouvel esprit fait de calme et de réceptivité. Dans notre cas, l’exercice n’est pas aisé car juste à côté, dans notre jardin, se dresse un second bâtiment où mariages et mariés se succèdent à un rythme effréné (on est samedi). Le pavillon lui-même obéit à des règles précises (matériaux naturels, proportions bien définies, décoration sobre de quelques fleurs…). En fait, nous explique la maîtresse de cérémonie, « tout doit inciter à la poésie, jusqu’au bruit de l’eau dans la bouilloire (obligatoirement en fonte) qui rappelle le « souffle du vent dans les pins ».
En route vers le futur
Départ en fin d’après-midi pour Rapponggi, un quartier qui se reconnaît aisément grâce à sa tour rouge et blanche, reproduction moyennement réussie de notre Tour Eiffel. Car il faut le savoir, l’image de la France reste une valeur (très) forte au Japon. Quel que soit lesecteur (mode, alimentation, automobile…) les Japonais n’hésitent pas à insérer ou prendre une expression française, synonyme pour eux de qualité et de tradition. Au final, cela donne des résultats souvent étonnants, les nippons privilégiant d’abord une sonorité agréable à une orthographe ou une grammaire irréprochables.
Quartier branché, Rappongi aligne consciencieusement bars, discothèques et ambassades. Si le jet lag ne vous a pas scié les jambes, il faut absolument faire un tour au Lexington Queen (www.lexingtonqueen.com - 3-13-14 Roponggi, Minato-ku). Une des premières discothèques du quartier, elle reste le lieu de prédilection des célébrités de passage (entrée : 2000 yens). A ne pas manquer, la visite du complexe de Ropponggi Hills (tél : 6406-6677 – 2000 yens). Imaginé par le magnat de l’immobilier Minoru Mori (convaincu que le regroupement des lieux de travail, d’habitation et de loisirs au sein d’un même microcosme urbain pouvait améliorer la qualité de vie des habitants), il attire chaque week-end, 1 million de visiteurs qui s’y pressent dans une frénésie toute japonaise.
Tokyo, l’ubuesque
Juste à côté (enfin presque, il faut compter un bon quart d’heure de voiture), le quartier de shibuya et ses magasins branchés est le lieu de rendez-vous de la jeunesse tokyoïte. Des looks insensés dans une ambiance psychédélique sur fond d’écran géant et de marée humaine font de l’endroit un rendez-vous incontournable pour le touriste de passage. Une même foule gagnée par la fièvre acheteuse se retrouvera dans le quartier d’Harakuju et Aoyama. L’intérêt de cette balade résulte plus du voyeurisme que de la visite proprement dite. Dans le magasin Takeshita-döri, des hordes d’adolescentes à la chevelure peroxydée s’arrachent les derniers bas résille. Mais c’est au Jingü-Bashi, juste à côte de la station JR Harajuku que le spectacle vire au grandiose. Ici, des adolescentes célèbrent le culte du Cos-Play-Zoku (littéralement : le déguisement sous toutes ses formes). Venues des environs de Tokyo, elles se rassemblent le week-end sur le pont Jingü-Bashi. Vêtues de parures gothiques ou punk, les marquises côtoient les fanfreluches victoriennes, les adeptes du SM ou des reproductions d’héroïnes de dessins animés. Elles paradent ainsi toute la journée…pour reprendre le train à la nuit tombée et rentrer chez elles après 2 ou 3 heures de transport. C’est a Shibuya que se situe le fameux karaoké devenu culte avec le film de Sofia Coppola : Lost in Translation (Karaoke Kan – 30-8 Utagawacho, 8e étage- salle 601)
Shopping, en avant tout
A Tokyo, le chic a une adresse : Ginza. Tous les grands noms de la mode s’y sont donnés rendez-vous. Chanel, Vuitton, Versace, Dior…autant de marques que l’on paiera au prix fort. Dans ce quartier, tout est hors de prix, à commencer par l’immobilier. Chez Daimaru, l’équivalent de nos Galeries Lafayettes ou de nos magasins du Printemps, pour s’offrir 100 grammes de bœuf de Kobé, il faudra débourser aux alentours de 20 000 yens (environ140 euros). Autre quartier plus zen, Asakusa, marque le retour vers le Japon traditionnel et intemporel. Ici, pas de grands buildings, justes des petites échoppes, des temples (dont le célèbre temple d’Asakusa) bordés de ruelles qui vendent sucreries, gâteaux et autres pâtisseries aux couleurs étonnantes. Pour le touriste qui n’aurait qu’une seule journée (et soirée) à consacrer à Tokyo, c’est à Shinjuku qu’il doit se rendre pour s’imprégner de tout ce que le Japon moderne peut offrir. Véritable condensé de la capitale japonaise, on trouve tour à tour des magasins de luxe, des galeries marchandes de produits discount, des bars à nouilles, des néons scintillants, des écrans vidéo géants qui côtoient des bars à hôtesses et des temples discrets. Il faut alors se perdre dans sa partie Est (Kabuki-chö), véritable labyrinthe de grands magasins, de ruelles glauques qui abritent des lieux des plus douteux. C’est le quartier chaud le plus célèbre de Tokyo. Ici le sexe s’affiche sous forme de salons de massage, love hôtels, « peep shows », bar à hôtesses et strip-tease en tout genre. Mas c’est dans la rue qu’est d’abord le spectacle. Des employés qui sortent du travail, cravatés mais éméchés, y croisent des jeunes filles les invitant à les suivre avec leurs voix aiguës. Si votre carte bleue est bien approvisionnée, vous pouvez toujours tenter l’expérience. Cela vous coûtera une fortune rien que pour boire un verre (7 000 yens – 100 euros). On vous laisse imaginer le reste. Mais il y a fort à parier que la fatigue urbaine cumulée au décalage horaire vous feront privilégier votre lit…où vous vous endormirez la tête remplie de ce spectacle surréaliste de cette capitale vraiment étonnante qui a su conjuguer pour notre plus grand plaisir, passé simple et futur proche.
Toilettes à la japonaise
Rares sont les pays dont l’un des souvenirs les plus forts restent les toilettes. Au japon, elles s’appellent Toto. Plus larges et massives que les nôtres, elles mettent à disposition de l’usager un tableau de bord aux multiples boutons couverts d’idéogrammes mystérieux. On s’assoit quand même et, surprise, la lunette est chauffée. Avec un peu d’appréhension, on commence à appuyer sur les différentes touches. Ce n’est qu’à la huitième qu’enfin, la chasse est tirée. Mais entre-temps, on aura eu droit à un jet rotatif qui ne s’arrête plus de couler et vous inonde le fondement, un puissant souffle (chaud ou froid) qui est censé vous l’assécher (manque de pot, on l’a actionné avant le jet) et tout un tas de bras articulés apparus comme par miracle et semblant doués d’une vie propre…mais dont l’utilité nous échappe.
Visiter une école de Sumo
La heya de Kirishima est une des rares écoles ouverte au public venu voir l'entraînement (Keiko). Une visite idéale pour comprendre les techniques de combat des Sumotoris que l’on peut côtoyer, ce qui est rarement le cas lors des tournois officiels où l’on est souvent placé trop loin. Un dépaysement garanti et à portée de tous… L'entrée y est gratuite. L'entraînement commence tôt (huit heures du matin) et dure un peu plus de 2 heures. Comme souvent au Japon, il faut se déchausser avant d'entrer dans la salle. Durant la séance, le silence est de rigueur, mais les prises de vue peuvent s'effectuer sans problème…à condition de ne pas quitter sa place. La Michinoku-beya se trouve tout près de la gare de Ryôgoku (sortie Ouest). Attention aux périodes où l'équipe se trouve en tournée dans les villes de province - Osaka (fin février à fin mars), Nagoya (fin juin à fin juillet) et Fukuoka (fin octobre à début décembre).
En cas de doute, se renseigner directement auprès de la Michinoku-beya
(Tél. 03-3633-7258).